Après les critiques de certains députés, ce sont des économistes proches d’Emmanuel Macron qui réclament un rééquilibrage de sa politique

Oui et leur parole pèse plus lourd. Philippe Aghion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry étaient au cœur de la fabrique du projet économique, le dernier nommé en était même le coordinateur. Et c’est d’ailleurs parce qu’Emmanuel Macron prend leurs critiques au sérieux – Philippe Aghion les avait exprimées à ce micro il y a 10 jours - qu’il leur a demandés de faire des propositions, publiées ce week-end dans Le Monde.

Le timing, en outre, est excellent : des arbitrages clefs sont attendus sur les privatisations, le plan pauvreté et bien sûr, les 60 milliards d’économies. Donc oui ça va compter.

Après, deux questions se posent : est-ce que leur diagnostic est le bon – la politique de Macron est-elle déséquilibrée ? Et est-ce que leurs remèdes sont adaptés ?

Sur le premier point, ils admettent paradoxalement que la plupart des mesures du projet ont été mises en œuvre, y compris le volet social, même si la couverture chômage des démissionnaires, par exemple, a été édulcorée. Ce qu’ils regrettent, c’est surtout le manque de portage politique des nouvelles sécurités apportées aux salariés, avec des ministres issus de la droite, à Bercy et à Matignon -, plus diserts, et plus crédibles, sur la flexibilité. C’est une critique assez fondée.

Et les remèdes ?

Ils sont adaptés quand il s’agit de muscler cette jambe gauche de la « flexisécurité ». Par exemple en relançant le projet de malus sur les CDD ou en donnant davantage de place aux salariés dans la gouvernance d’entreprise, une idée chère à la CFDT. On reste dans le logiciel macronien : défense de l’équité des chances plutôt que redistribution des richesses. En revanche, une chose me frappe de la part de ses gardiens du temple du projet : ils ne font quasiment aucune proposition d’économies, alors que le gouvernement est très en retard, et que sans cette partie, le programme présidentiel ne tient pas. Au lieu de cela, ils prônent une série de hausses d’impôts - pour certaines justifiées comme la suppression d’aides inefficaces sur le logement – mais ce virage fiscal risquerait fort de brouiller le message économique. Il a beaucoup moins de chances d’être retenu.

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