Six mois après l’arrestation de Carlos Ghosn au Japon, la situation est inquiétante. Les relations entre Renault et Nissan se sont encore détériorées ce weekend. La lecture de ce qui se passe est très difficile.

Jean-Dominique Senard (Renault) parle à Hiroto Saikawa (Nissan)
Jean-Dominique Senard (Renault) parle à Hiroto Saikawa (Nissan) © Getty / Tomohiro Ohsumi

Quelle est la situation ce 11 juin, à la veille de l'assemblée générale de Renault ? Jean-Dominique Senard, celui qui a remplacé Ghosn, est fragilisé parce que son projet de fusion avec Fiat-Chrysler a échoué. Les relations Etat-Renault se sont dégradées, au point que JD Senard a envoyé vendredi une lettre comminatoire à Nissan (sur les nominations dans des comités spécifiques de la nouvelle gouvernance) sans en informer Bercy. Enfin, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, a reconnu, hier au Japon, qu’il lui restait du travail pour comprendre les Japonais. 

Bref, c’est la confusion totale et c’est triste pour une entreprise de 200 000 personnes dont les salariés font tant d’efforts depuis si longtemps. 

Que s’est-il passé ? 

Nissan veut sans nul doute profiter des fautes reprochées à Carlos Ghosn pour au minimum dépendre moins des Français parce que le Japonais est deux fois plus gros que son propriétaire ... Jean-Dominique Senard, voyant cela, a cherché une alliance de revers avec Fiat, alliance intéressante mais sous la forme d’une fusion dont l’équilibre était contesté. 

L’Elysée et Bercy étaient plutôt pour au début, Matignon contre (par crainte des répercutions politiques), le projet a été bloqué par Nissan et l’Etat. 

A partir de là, une évidence saute aux yeux. Ce qu’a maintenu Ghosn pendant vingt ans (avec tous ses défauts) était un équilibre miraculeux qui risque de sauter. Et une question apparaît : on a beaucoup dit que l’Alliance est indestructible parce que les liens sont enchevêtrés, mais en est-on si sûr finalement ? Eh bien on commence à douter. 

Que peut-il se passer ? Il y a l’assemblée générale de Renault demain, on en saura plus sur ce que peut et veut Jean-Dominique Senard, qui n’a bizarrement rien dit depuis des semaines. C’est une personnalité remarquable, mais qui réalise à ses dépens que diriger Renault n’a rien à voir avec Michelin. Le chiffre d’affaires est deux fois et demi plus élevé, mais la difficulté est de facteur dix. 

JD Senard a failli partir jeudi dernier, il a été rattrapé par la manche par Emmanuel Macron, qui va le voir. 

Peut-on croire à un miracle ? 

Parfois dans les puzzles, soudain, tout s’emboîte d’un coup. Là, il faudrait que Renault lâche du lest chez Nissan, que l’Etat en lâche chez Renault, il faudrait trouver oui de nouvelles alliances pour financer le virage électrique, il faudrait que le management s’impose. 

On peut toujours croire aux miracles.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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