France-Allemagne, un couple qui fait de plus en plus chambre à part quand on compare l'ampleur du choc économique. L'angoisse tricolore a plusieurs raisons, dont l'illisibilité des règles de confinement et trop de discours anxiogènes.

Les prévisions publiées hier l’OCDE (qu'a commentées sa cheffe économiste au micro de Léa Salamé) sont frappantes. 

1- Frappantes dans les chiffres : la récession sera comprise entre 11 et 14% en France selon qu’il y aura une seconde vague ou pas ; ce sera de 6 à 9% en Allemagne. L’écart entre les deux pays sera moins abyssal après le rebond espéré en 201, mais il est indubitable. 

La conclusion est sans appel : la France est désormais plus proche de l’Italie et de l’Espagne, les pays du Club Méd, de l’Europe du Sud, que de ceux du Nord, alors qu’elle s’est toujours située dans l’entre-deux. 

2- Il y a les chiffres et il y a les mots, qui font peut-être plus mal encore. L’OCDE rend hommage au système de santé allemand, et décrit les difficultés du système français. Or, chaque Français sait que l’économie allemande est la plus forte, mais a toujours pensé que son système de santé est le meilleur du monde, alors quand même ! Quelle humiliation. 

Que s’est-il passé ? 

1- L'Allemagne a déclenché la bataille contre le virus plus tôt, elle a choisi de tester, elle est plus riche donc elle consacre davantage d’argent à la santé ; le fédéralisme a été un atout, adapté à la situation de chaque Land, les relations sociales sont plus faciles : tout cela est archi connu. 

2- Mais ce qui domine, c’est aussi le pragmatisme. Exemple hyper concret : quand vous allez au restaurant à Berlin ou ailleurs , vous devez laisser votre nom, votre adresse et votre mail, personne n’en fait un drame attentatoire aux libertés publiques. 

3- Et puis bien sûr il y a, quand on regarde Paris et Berlin, les choix économiques. Les deux pays dépensent énormément d’argent. 

Mais le ton des responsables publics, de l'autre côté du Rhin, est assurément moins catastrophique, et d’abord celui d’Angela Merkel. En France, hélas, ce n’est pas « on va s’en sortir » mais « on va tous faire faillite ».  La situation est évidemment extraordinairement lourde et inédite, mais il faut dire que le pays va s'en sortir !

Evidemment, la situation financière des deux pays n’est pas la même. Si je vous dis que la dette représentera 120% du PIB, cela n’est pas parlant. Mais écoutez ceci : l’Etat, en France, va emprunter 260 milliards aux marchés financiers ; les impôts rapporteront bien moins, au total 230 milliards ! C'est inédit.

Que faire à court terme ?

Le chômage partiel est plus généreux qu’ailleurs, cela ne pourra pas durer. Une clarification sanitaire est aussi inévitable. Au travail, dans les usines, les commerces et les bureaux, partout en fait, les règles sont ultra-strictes, mais le laisser-aller revient en force dans l’espace public – y compris avec des manifestations autorisées dans les faits mais auxquelles il faut arriver masqué quand on y va en transport en commun. 

Tout cela est illisible. et mérite donc d'être clarifié - ce qui n'enlève rien à 1- la difficulté de la tâche des gouvernements 2- au fait que la première étape du soutien de l'Etat à l'économie a été réussie. 

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