L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». _____ Aujourd’hui ou demain, les chiffres mensuels de la sécurité routière, ceux du mois d’avril, seront publiés. C’est un sujet sur lequel s’est penchée l’Assemblée nationale dans un rapport passionnant publié juste avant le week-end. Ce rapport, du député Hervé Mariton, tire la sonnette d’alarme. Il explique qu’au rythme où cela va, la France n’atteindra pas l’objectif fixé par Nicolas Sarkozy pour 2012, passer sous la barre des 3.000 morts de la route. Ces dernières années, l’énorme amélioration a permis de descendre de 7.700 décès en 2001 à 4.300 fin 2008. Alors, pourquoi oublier le seuil des 3.000 ? D’abord parce que la baisse de la circulation liée à la crise expliquerait les résultats les plus récents. Ensuite, parce que l’effort en faveur de la sécurité routière n’est pas jugé suffisant. Notamment sur les radars qui, avec la résistance des voitures et les aménagements routiers, jouent un rôle clé : il y en a de plus en plus, mais il faudrait renouveler les plus anciens. Un tiers des flashs sont encore inexploitables. Il faudrait aussi sanctionner les automobilistes étrangers qui représentent 23% des flashs. Mais seuls le Luxembourg et la Suisse ont passé des accords avec la France permettant de retrouver les propriétaires. Bref, pas question de relâcher l’effort. Mais en quoi est-ce un sujet économique ? Une approche économique cynique rappelle que le coût de la violence routière, services d’urgence, coûts matériels, assurances, représente des dizaines de milliards d’euros. Mais la vraie question est celle des moyens. Depuis 2003, un système original gère les radars, avec un travail étroit et discret entre l’Etat et des sociétés privées, qui traitent 45.000 infractions par jour. Les amendes vont rapporter 550 millions d’euros cette année, qui financent l’installation et l’entretien des matériels. Mais, et c’est le problème, elles financent aussi d’autres choses, des infrastructures qui n’ont pas grand-chose à voir avec la sécurité routière. Or, on installe maintenant des radars dans des endroits moins « rentables », et donc cela coûte cher, comme le vandalisme d’ailleurs. La conclusion, c’est qu’il y a 2.500 radars aujourd’hui, que 4.500 sont prévus, et qu’il faudrait que la quasi totalité des amendes aille aux actions directes de sécurité routière et non plus pour boucher les trous du budget. Il y a donc des décisions politiques à prendre, si on en croit ce rapport qui demande un recentrage des moyens. Car derrière, il y a un débat de fond. Hervé Mariton estime que le moyen le plus efficace d’épargner des vies est d’implanter encore plus de radars - on est très loin de la Grande-Bretagne - plutôt que de dépenser beaucoup d’argent pour des aménagements classiques, ronds-points ou double-voies. La bagarre entre la prévention et la sanction est relancée. Les responsables politiques peuvent-ils entendre cet appel ? Ils sont fermes sur la sécurité routière, reste à savoir s’il y a un seuil de tolérance sur les radars. Un autre test aura lieu très vite : le Sénat vient de voter l’interdiction totale de vente d’alcool dans les stations service d’autoroute. On verra si cette mesure, assez logique, tient.

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