Le plan européen de 750 milliards d’euros a été salué par les marchés financiers. Mais l’histoire n’est pas finie. Il ne faut pas trop écouter les marchés ! Leur réaction – + 10% pour le CAC 40 – est à la hauteur de ce qu’avait été la panique de la semaine dernière. Les dirigeants européens et la BCE ont acheté du temps en installant un gigantesque parapluie garantissant les dettes des pays en difficulté. Ce parapluie nucléaire, qui montre qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont décidé de ne laisser tomber aucun de leur voisin, a fonctionné hier. Mais c’est vrai que sur le fond, beaucoup d’Européens ont l’impression que la roue tourne toujours dans le même sens : celui d’un mistigri que l’on se repasse. Les banques ont été sauvées par les Etats, qui doivent l’être par l’Europe, laquelle fait appel au FMI, et ensuite où va-t-on ? Hier, l’opinion européenne n’a pas sauté au plafond de joie ! En réalité, il faut quatre conditions pour que le plan réussisse. 1 - L’Europe n’a écrit que le premier chapitre d’une possible révolution : le plan d’urgence. Le second chapitre racontera (ou pas) la réforme du fonctionnement de la zone euro. Depuis onze ans, celle-ci considère qu’il y a d’un côté la monnaie euro et de l’autre les comptes publics de chaque pays et qu’il n’y a pas de lien entre les deux – ou plutôt qu’une main invisible doit éviter les contradictions ; on considère aussi que le seul indicateur à surveiller est le niveau de déficit public, pas le fonctionnement général de l’économie. C’est cette double fiction qui a éclaté. Dès demain, avec des réunions à Bruxelles, on saura ce qui va changer ou pas sur la surveillance réciproque pour l’avenir. Mais il ne faut pas s’y tromper : c’est une atteinte forte à la souveraineté. 2 – La rigueur. Toute l’Union, dit l’accord européen, doit s’engager à « prendre les mesures nécessaires pour accélérer l’assainissement et assurer la viabilité des finances publiques ». C’est valable pour la Grèce, l’Irlande, l’Espagne mais aussi tous les autres- dont la France. C’est la condition posée par l’Allemagne, qui met potentiellement (si les mécanismes devaient être actionnés) environ 150 milliards d’euros sur la table en garanties, mais cette condition est acceptée par la France, qui « risque », elle, 90 milliards. Le problème est qu’on ne sait pas qui va imposer cette rigueur (j’ose le mot) concrètement. 3 - La croissance. Personne ne peut croire une seconde que les pays en difficulté et les autres pourront diminuer leurs déficits sans une croissance plus forte que celle qui s’annonce : +0,9% dans la zone euro selon Bruxelles. C’est mou, c’est très mou. C’est toute une stratégie économique collective que doit remettre sur le tapis l’Europe. En urgence. C’est la condition la plus facile à énoncer, la plus dure à mettre en oeuvre. 4 – C’est une condition non indispensable mais morale même si le plan « débranche » les marchés : limiter la pure spéculation. Jeudi, Wall Street a chuté de 9% en dix minutes parce que des ordinateurs ont déclenché des ordres en cascade (c’est le trading haute fréquence) et en Europe des rumeurs ont été propagées pour amplifier des mouvements. Cela fait un an et demi qu’on promet des réformes. Une suggestion : que N. Sarkozy s’engage à les faire aboutir lors de sa présidence du G20 en 2011 ! Quatre conditions : l’histoire ne finit pas, elle commence.

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