Le débat fait rage depuis les propos, le week-end dernier, de Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, sur les « dérives de l’assistanat » qui, dit-il, sont le « cancer de la société ».

La vie politique offre parfois des glissements saisissants. Il y a peu, la majorité se déchirait sur l’ISF, l’impôt sur la fortune. Certains voulaient carrément sa mise à mort, d’autres un simple toilettage. Finalement, la réforme arrive aujourd’hui sur la table du conseil des ministres dans un climat franchement apaisé à droite. Celle-ci a obtenu de Nicolas Sarkozy le retrait du bouclier fiscal. Mais 300.000 « petits » contribuables à l’ISF ne le paieront plus. Balle au centre. Aujourd’hui, voilà, le débat fait rage sur le RSA. Roselyne Bachelot a dénoncé la « beaufitude » de Laurent Wauquiez et pour Alain Juppé, sa démarche est « inadmissible », il veut seulement « passer au 20 heures ». Mais une partie des députés le soutiennent quand même. La première chose à souligner est que cette remise en cause au moins orale du RSA de Martin Hirsch imposé par l’Elysée contre l’avis de la base de l’UMP, c’est la seconde mort de l’ouverture.

Mais sur le fond, est-ce un bon débat ? Le télescopage entre ISF et RSA est désastreux. Au moment où l’impôt sur la fortune est refondu, le débat revient sur les devoirs des plus précaires. En réalité, lancer ce sujet est politiquement et économiquement à contretemps. Politiquement : la majorité donne l’impression de vouloir détricoter tout ce qui a été fait depuis 2007. Et elle rate la transition entre le temps du bilan et celui du projet. Economiquement aussi : la crise est trop récente, ses stigmates trop profonds pour ouvrir aujourd’hui ce chantier. Une fois la croissance consolidée, une fois les créations d’emplois confirmées, une fois que les offres d’emploi seront là massivement, il sera temps. C’est trop tôt. A moins que cette charge n’ait qu’un objectif : lancer un concours de beauté entre les espoirs de la majorité pour savoir qui portera le projet ou séduire les électeurs du FN.

Le RSA mérite-t-il un tel emballement, selon vous, Dominique ? Venons-en à l’essentiel, le Revenu de solidarité active. Là où Laurent Wauquiez vise mal, c’est que ce n’est pas un revenu d’assistanat, mais pour partie un « plus » de revenu en cas de reprise d’activité. Alors, c’est vrai, beaucoup d’élus témoignent des ravages que causent chez leurs électeurs les abus et les fraudes aux droits sociaux. La France est le pays qui redistribue le plus et qui empile les aides : RSA socle (ex-RMI), RSA activité, Prime pour l’emploi, aides au logement, prestations familiales, aides des collectivités locales (cantines, transports gratuits, cinémas, crèches) etc etc. Tous ceux qui ont essayé de faire un tableau d’ensemble se sont cassé les dents. Au fond pourtant, une réflexion de bon sens : le RSA n’est pas parfait, mais il vaudrait mieux commencer par l’essentiel. Par exemple, faute de moyens, faute d’envie, Pôle emploi contrôle peu la réalité de la recherche d’emploi. Cela n’est pas normal.

Le paradoxe est que ce gouvernement n’a pas été pingre sur les minimas sociaux... On l’a oublié mais le minimum vieillesse et l’allocation adulte handicapé auront augmenté, en cinq ans, de 25%. Du jamais vu ! 1,3 million de personnes concernées. Coût : 1,8 milliard d’euros. Bien plus que le RSA. Décidemment, le gouvernement a le chic pour « se vendre » à tort et à travers.

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