Vous commentez ce matin les déboires de l’avion de transport militaire A400M après l’accident qui a coûté la vie samedi à quatre personnes en Espagne.

Des accidents d’avion, il y en a régulièrement hélas, l’actualité nous l’a rappelé suffisamment ces dernières semaines ; un drame ne suffit donc pas à lui seul à marquer l’échec d’un programme. Mais le crash de samedi est un vrai coup de dur pour Airbus pour trois raisons. Un : il est arrivé sur un avion qui sortait des chaînes d’assemblage, un avion tout neuf. Deux : ce programme est un véritable chemin de croix pour l’avionneur depuis le début, la facture a explosé notamment. Trois : on peut se poser la question de savoir si réussir un programme européen dans l’armement est possible. Les projets dans l’aéronautique civile, oui. Dans le militaire, la question reste largement ouverte. Alors, l’A400M rendez-vous compte, c’est un programme lancé entre sept pays européens, lancé en 2003 et seuls douze avions ont été livrés depuis cette date – dont six à la France qui en utilise notamment au Mali en ce moment. Si il y a plus de 160 commandes, à 130 millions d’euros l’unité, le coût global du programme dépasse maintenant les trente milliards d’euros. Tout le monde dit que c’est un bijou de technologie mais manifestement ce bijou a des gros problèmes. Samedi, c’était le premier accident grave, mais des incidents ou des déceptions, il y en a eu beaucoup. Pour l’instant, l’A400M ne peut larguer de matériel. Il ne peut pas ravitailler en vol, comme c’était prévu, des hélicoptères. En septembre, le journaliste spécialisé Jean-Dominique Merchet racontait que l’avion ne pouvait pas embarquer le VBCI, le véhicule blindé de combat d’infanterie, parce que sa tourelle étant décalé, cela déséquilibre l’avion en vol. Plus ridicule, impossible d’installer des civières médicalisées parce que le plancher n’est pas horizontal. Bref, les Allemands, quand ils ont reçu leur unique exemplaire, ont relevé près de 900 petits ou gros problèmes.

Alors je le redis, attention à ne pas enterrer l’A400M trop tôt, on a vu que le Rafale, dont tout le monde se gaussait, vient de connaître des gros succès à l’exportation. Tout est question de temps. Mais face à un Rafale uniquement franco-français, les programmes européens ont pour la plupart d’entre eux des difficultés. Le gros hélicoptère, le NH90, a mis beaucoup beaucoup de temps avant de décoller –si on peut dire. La coopération a surtout été synonyme de duplications puisque chaque pays a voulu ses options, ses spécificités : il y a au total plus de vingt versions de l’appareil face au Black Hawk américain produit par milliers. Le projet d’un Airbus naval n’a jamais vu le jour quant à lui. C’est dans les satellites finalement que cela se passe le mieux. Pour le reste, l’Europe de la défense n’a pas seulement du mal sur le terrain militaire, mais aussi industriel.

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