L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». __ Les ministres européens des finances ont donné leur accord, hier, à la baisse de la TVA dans la restauration. On peut tirer son chapeau - et c’est dit sans ironie - à la profession des restaurateurs qui a fait preuve d’une persévérance à toute épreuve, notamment celui qui a été longtemps son porte-parole, André Daguin. Chapeau bas aussi aux gouvernements qui se sont succédés depuis près de dix ans. C’est Martine Aubry, alors au gouvernement qui, la première, a lancé l’idée en 2000. Elle a été reprise, avec plus d’écho évidemment, par Jacques Chirac en 2002 pour ancrer un électorat tenté de le bouder, puis par Nicolas Sarkozy en 2007. On dit souvent que les promesses des politiques n’engagent que ceux qui les écoutent, eh bien, voilà une promesse tenue. Et cela n’a pas été facile, les Allemands ont lutté longtemps, ils avaient encore dit non sous présidence française, ils ont dit oui sous présidence tchèque - on ne sait pas pourquoi. Donc, c’est une bonne nouvelle pour Nicolas Sarkozy. Sur le fond, est-ce une bonne initiative ? Quand on voit autant de zèle, c’est difficile de le dire : la promesse a été tenue, mais le problème, c’est de l’avoir faite. C’est une victoire politique, pas économique. La raison pour laquelle la restauration doit bénéficier d’un traitement de faveur par rapport aux autres activités est un mystère. D’autres sont en difficulté, d’autres créent des emplois, d’autres font face à la concurrence. En plus, la restauration n’est, évidemment, pas délocalisable. Au départ, il s’agissait de mettre les restaurants, avec une TVA à 19,6%, à armes égales avec la restauration à emporter, les fast-foods, qui vivent avec une TVA à 5,5%. Ensuite, il s’agissait d’augmenter les salaires et de créer des emplois. Maintenant d’en préserver. En réalité, les engagements déjà pris - et qui le seront demain par la profession - sont invérifiables, comme la baisse des prix pour les clients. Enfin, la TVA à 5,5% est normalement un taux social sur des produits de grande nécessité, comme l’alimentation. La restauration, que l’on apprécie tous, ne mérite pas ce taux social. Cette opération sera coûteuse, de plusieurs façons. D’abord, la Commission a enterré hier l’idée d’une TVA sur des produits verts, en disant : ça suffit ! Ensuite, financièrement, le coût dépendra de l’ampleur de la baisse de la TVA. Si le taux de 5,5% est retenu, Nicolas Sarkozy le souhaite, cela pourrait aller jusqu’à 3 milliards d’euros. Si un taux d’environ 10% est retenu, je n’y crois pas, ce sera moins. Au passage, tout ça va être complexe, puisque la TVA sur le vin à table va rester à 19,6%. Mais le vrai problème est ailleurs : faire croire qu’en ce moment, le tiroir-caisse est grand ouvert, au nom de la crise, ce que beaucoup de monde pense. Pour les banques ou l’automobile, ce sont des prêts. Mais le déficit de l’Etat dépasse les 100 milliards d’euros. Et l’argent serait plus utile pour l’université ou la recherche. Cette affaire en dit aussi long sur le fonctionnement de l’Europe. Ce marchandage européen est incongru : 27 ministres des Finances ont débattu hier pour savoir s’il fallait baisser la TVA sur un péage à Lisbonne. Plus largement, s’il est logique que l’Europe s’occupe de la fiscalité sur les produits, c’est moins évident pour les services, non délocalisables. Et on aimerait autant de pointillisme pour harmoniser la fiscalité de l’épargne. Pour toutes ces raisons, on peut dire que pour la TVA restauration, la baisse du prix du service n’est pas compris !

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