Par Jean-Marc Vittori.

Le chômage baisse aux Etats-Unis alors qu’il continue de monter en France. D’où vient cet écart ?

Tout simplement parce que l’économie américaine va mieux que l’économie française. C’est pour ça que le taux de chômage est redescendu le mois dernier à 7,7% alors qu’il approche les 11% chez nous. Aux Etats-Unis, la production est sur une pente de croissance de plus de 2% alors que nous sommes au mieux à 0%. Du coup, les entreprises américaines embauchent. Le mois dernier, elles ont accru leurs effectifs moitié plus que prévu par les experts. L’embellie touche tous les secteurs, et deux sont particulièrement en pointe. D’abord la construction, avec 48.000 embauches le mois dernier. Les Etats-Unis sont enfin sortis de la déprime immobilière qui les avait fait plonger dans la crise il y a cinq ans, et il faut en plus reconstruire ce qui avait été démoli par l’ouragan Sandy en octobre dernier. Ensuite, la high tech. Elle recrute à tour de bras. Microsoft cherche par exemple 6.000 personnes qu’elle a bien du mal à trouver.

Qu’est-ce qui fait le dynamisme économique des Etats-Unis ?

Pour faire simple, il y a trois grandes explications. D’abord, l’immobilier est reparti après une purge sévère. Des millions d’Américains y ont perdu leur logement, les prix ont dévissé de 30% et les banques ont aussi effacé l’ardoise, pour des dizaines de milliards de dollars. Ensuite, la production de gaz de schiste a bondi, elle fournit une énergie pas chère aux industriels américains qui gagnent en compétitivité. Enfin, la politique est extrêmement favorable à la croissance, avec un déficit budgétaire deux fois plus élevé qu’en France cette année et une banque centrale qui imprime des billets pour acheter des obligations.

Mais pourquoi la France ne fait-elle pas de même ?

Reprenons les trois raisons du dynamisme américain. D’abord, l’immobilier. Le mouvement a été très violent là-bas et nous n’acceptons pas cette violence, pour d’excellentes raisons. Nous préférons donc étaler la baisse. En France, le recul des prix de l’immobilier vient à peine de commencer. Ensuite, le gaz de schiste. Je ne vais pas refaire toute l’histoire. Mais simplement, c’est plus compliqué à extraire dans des régions très peuplées comme en France et il y a une forte opposition qui va bien au-delà des écolos. Enfin, la politique économique. C’est vrai que sur le plan budgétaire, on aurait pu réduire le déficit plus progressivement. C’est d’ailleurs le débat européen du moment. Ceci dit, aux Etats-Unis aussi, on serre la vis budgétaire, ça vient juste de commencer et ça va peser sur la croissance.

Et sur le plan monétaire, la Banque centrale européenne ne pourrait-elle pas elle aussi imprimer de la monnaie pour soutenir l’activité?

D’abord, elle n’a pas le droit de le faire. Ceci dit, ces dernières années, elle a pris beaucoup de liberté avec ce qu’elle a le droit de faire. Mais ensuite et surtout, la Réserve fédérale peut se permettre d’imprimer des billets sans compter parce que le dollar est la monnaie du monde, ce qui n’est pas le cas de l’euro. Il y a près de cinquante ans, Valéry Giscard d’Estaing avait parlé de privilège exorbitant du dollar. Nous en sommes encore là.

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