L'avenir du numéro un français de l’optique, Essilor, inquiète : lancé dans une fusion avec l'Italien Luxottica, il risque de perdre la main.

L’inquiétude ne porte pas vraiment sur les résultats de cette entreprise qui conçoit et vend des verres de lunettes et des lentilles de vue dans le monde entier, avec ses presque 70.000 salariés. Elle porte sur la façon dont se passe la fusion avec l’Italien Luxottica, le spécialiste européen des montures. Cette fusion est juridiquement effective depuis l’automne, elle a créé le numéro mondial de l’optique en regroupant, pour aller vite, les verres Varilux et les Ray-Ban (entre autres). Elle a bâti un ensemble franco-italien de 150.000 salariés. 

Tout cela est logique, tout cela a été salué à l’époque. Mais le malaise concerne l’équilibre entre Essilor et Luxottica, avec l’impression que la partie italienne va prendre la main et diriger l’ensemble. Ce serait (on utilise le conditionnel) encore un groupe tricolore qui changerait de drapeau. Le PDG italien, Leonardo Del Vecchio, contrôle 38% du capital, ce qui est beaucoup face à un actionnariat dispersé et liquide (on dit flottant) et il cherche à nommer un de ses bras droits comme patron opérationnel, directeur général. La manœuvre, si c’en est une, a échoué une première fois, mais les organigrammes qui devaient être annoncés au printemps ont été reportés après l’été. 

Si l’âge de Leonardo Del Vecchio, 83 ans, ne joue pas en sa faveur, Essilor est en émoi et ce qui inquiète y compris les pouvoirs publics français est que l’ex-patron d’Essilor, Hubert Sagnières, vice-président de l’ensemble, paraît très absent de France, il vit en partie à Singapour, avec au passage une rémunération qui a explosé ces dernières années. 

On a l’impression d’une hémorragie des entreprises françaises… Depuis 15 ans, la France a vu partir les 3A : Arcelor rachetée par Mittal, Alcatel par Nokia et Alstom Energie par General Electric. Il faut y ajouter le L de Lafarge repris par le suisse Holcim. Manque de capitaux, difficultés industrielles, appétit des actionnaires : les explications sont nombreuses. 

Et en face, me direz-vous ? La besace des sociétés françaises n’est pas vide. PSA a mis la main sur Opel, l’armateur géant CMA-CGM fait de même avec Ceva, un logisticien suisse de 60.000 salariés, LVMH avec Bulgari et Lactalis avec l’italien Parmalat. Mais la besace est quand même plus légère et c’est la raison pour laquelle l’affaire EssilorLuxottica, qui est encore en suspens, doit être suivie de près.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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