L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». Le gouvernement vient de publier le bilan mensuel de la sécurité routière : octobre a été mauvais mais l'évolution est quand même positive depuis janvier. La sécurité routière regarde l'économie parce que les accidents ont des conséquences économiques, que des secteurs industriels comme l'automobile sont concernés et que l'investissement public a un rôle majeur. Les députés viennent d'adopter le budget des organismes qui s'occupent de la sécurité routière. Et on s'aperçoit, et c'est tant mieux, que l'Etat a réussi, en cette période de crise des finances publiques, à préserver leurs moyens. Et en fait, même, à les augmenter assez sensiblement, certaines enveloppes sont à + 10%. Concrètement, il y aura plus d'argent pour les contrôles de vitesse, l'amélioration des routes. L'Etat prévoit par exemple d'installer 560 radars de plus en 2009, surtout aux feux rouges, pour en porter le nombre total à 2.800. Des radars nés, quasiment jour pour jour, il y a cinq ans. Un, l'Etat triche un peu avec les règles habituelles du budget. Normalement, il y a un principe, la non-affectation des recettes. La TVA n'est pas affectée à une dépense spéciale, elle tombe dans le pot commun. Mais la sécurité routière fait exception. Pour montrer aux Français que l'argent des amendes ne va pas dans un puits sans fond, le produit des radars, près de 600 millions d'euros cette année, près de 700 millions en 2009, va dans une caisse spéciale, qui sert à acheter de nouveaux radars, 70.000 euros pièce, à les entretenir, à les réparer après les actes de vandalisme - là il y a en a pour 50 millions d'euros. L'argent sert aussi à financer des infrastructures, et un peu les communes et les départements. A vrai dire, cette entorse n'est pas choquante. Et ce n'est pas la seule innovation sur la sécurité routière. Du neuf a été inventé sur l'organisation. Car une question se pose : comment l'Etat, si lent d'habitude, a-t-il pu aller aussi vite pour améliorer le contrôle des infractions routières ? Comment réussit-il à faire travailler ensemble la police, la gendarmerie, la justice qui valide les amendes, et les Finances qui les encaissent ? Bien sûr, il y a une volonté politique très forte. Mais il y a aussi un choix : confier le pilotage des opérations à une entreprise privée, Atos Origin. Depuis 2002, la sécurité routière et les ministres lui ont délégué le travail, de la mise au point du dispositif à l'entretien des radars. L'informatique de l'Etat a été aussi court-circuitée parce que rien n'était compatible. Bref, une vraie externalisation. Alors, en ce moment, le secteur privé n'a pas la cote, mais cette organisation, sur laquelle l'Etat garde la main, en tous cas, elle, fonctionne. Et ça marche. Comme l'argent est là - une bonne efficacité aussi - les résultats sont au rendez-vous puisque le nombre de tués a diminué quasiment de moitié depuis 2002. La vitesse moyenne baisse d'année en année, en partie parce qu'un Etat efficace a dressé 25 millions de PV en cinq ans. Et le pire, c'est qu'il faut s'en réjouir !

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