L’Agence internationale de l’énergie a publié hier son rapport annuel… Elle tire elle aussi la sonnette d’alarme sur la consommation de pétrole. On ne s’attend pas spontanément à ce que cette organisation qui regroupe les pays consommateurs de pétrole et de gaz rejoigne Nicolas Hulot et Yann Artus Bertrand. C’est pourtant un peu de cela qu’il s’agit, mais avec des raisonnements économiques. Si rien ne change, explique l’AIE dans son rapport de 700 pages, la demande d’énergie dans le monde va être tellement importante qu’elle va être tout simplement insoutenable. Et, en plus, le monde va courir à la catastrophe écologique avec, je cite, des « dommages irréparables pour le climat ». C’est moins spectaculaire que le film « Home », mais la conclusion est la même : « le temps de l’action » est arrivé, avertit l’AIE. A quelques semaines de la conférence de Copenhague, c’est un pavé dans la mare. Et l’AIE ne le lance pas au hasard : pour elle, la crise offre l’opportunité historique de revoir notre modèle énergétique. Plus précisément, que dit l’AIE ? Elle dit 1 – que la baisse de la consommation d’énergie pendant la crise n’est qu’une pause. Les besoins, pour les transports, pour l’électricité, vont continuer à grimper sur une pente raide : + 40% d’ici 2030. Cette flambée serait le fait presque uniquement des pays émergents dont la Chine et l’Inde. Pourquoi ? Il y aura des voitures là où il n’y en a pas, et la demande d’électricité, - 1,5milliards de personnes n’y ont pas accès aujourd’hui -, cette demande supplémentaire va représenter l’équivalent de cinq fois la consommation des Etats-Unis. Premier point donc : c’est le toujours plus. Le second est qu’on est dans une équation impossible. Répondre à cette demande exigerait des investissements fantastiques pour aller creuser plus profond pour le pétrole et le charbon, pour construire des centrales nucléaires et des éoliennes partout. Et surtout, avec cette consommation d’énergies fossiles, la température globale pourrait augmenter de 6° d’ici 2100, quand vos petits-enfants arriveront juste à la retraite... Ce n’est plus une équation mais un corner. Il y a un autre scénario ? Le message principal, pas optimiste, est que dans vingt ans, on vivra en fait toujours avec du pétrole, du charbon et du gaz. Mais l’AIE a calculé les investissements nécessaires pour améliorer l’efficacité énergétique des transports, des modes de chauffage etc. : ils représenteraient 7.000 milliards d’euros, et d’abord dans les pays en développement, ce qui représente une aide considérable. Ces prévisions sont-elles crédibles ? Il y a à prendre et à laisser. Quand ces experts nous disent que le prix du pétrole, 80 dollars aujourd’hui, montera à 87 dollars dans cinq ans, puis à 100 en 2020 et 115 en 2030, on sourit. S’ils savaient vraiment, ils feraient un autre métier ! On sait aussi que ce rapport est « politique ». Il semble que les Américains aient fait pression pour que les chiffres ne soient pas trop alarmistes pour ne pas affoler les marchés pétroliers. Cela dit, ces scénarios dessinent un horizon crédible. Et ils disent que chaque année de retard dans l’adaptation sera lourde de conséquences. C’est le passage de la prise de conscience à la crise de conscience.

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