Vous commentez le théorème de l’ancien chancelier Helmut Schmidt décédé hier : les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain.

Ce fameux théorème qui date de 1974 et a connu un succès incroyable en Allemagne mais aussi en France. D'une certaine manière, il a inspiré les politiques dites d’offre qui vont jusqu’à aujourd’hui. Alors, des profits des entreprises qui alimentent des investissements qui créent de l’emploi : tout çà flirte le gros bon sens. C'est comme si je disais : la pluie d’aujourd’hui fait pousser l’herbe demain et fait vendre les tondeuses d’après demain ! Ça nous mène où ?! Mais cette formule de Schmidt a-t-elle un sens économique ? C’est le débat. Voilà ma réponse : globalement c'est vrai. Mais il faut ajouter tant de conditions pour que cela fonctionne qu’en vérité, c’est la formule en creux qui est exacte. Si il n’y a pas de profit, il n’y a pas d’investissement et pas d’emploi. Cà, on l’oublie souvent en France, pays où on sanctifie l’investissement mais que le mot de profit révulse. Maintenant, au fond, quand on creuse, il y a deux sujets de réflexion. Le premier, c’est de savoir ce qui se passe avant le profit, d’où vient-il ? De la baisse des coûts (via la productivité) ou de la demande ? Les deux évidemment, mais, selon les périodes il faut pousser l'un ou l'autre. Deuxième sujet, il peut y avoir beaucoup de fuites dans le raisonnement de Schmidt. Pour que les profits se transforment en investissements, ils ne doivent être avalés ni par les salaires, ni par les dividendes, ni par la baisse des prix de vente ni par le désendettement. Mais encore une fois Schmidt a globalement raison.

Et en France aujourd’hui, qu’en est-il ?

Il y a un problème. Aujourd’hui, les profits sont plus élevés que les investissements, ils sont davantage distribués aux actionnaires qu’auparavant pour des tas de raisons ; et les investissements ne créent pas forcément des emplois. En tous cas des emplois en France. Et ils peuvent financer des robots et des logiciels, pas des hommes et des femmes. Bref, le théorème a des ratés. Mais n’en voulons pas trop à Schmidt : rares sont les responsables politiques dont les axiomes économiques restent. Schmidt dont l'héritage principal est l'Europe, l'euro et la force du franco-allemand.

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