Les syndicats de l'usine Smart d'Hambach vont accepter demain d'être repris par Ineos, le constructeur automobile qui vend le Grenadier, un gros 4X4 qui ne trouvera pas d'acheteur en France : il pollue trop. Emploi/climat : un dilemne terrible.

Les salariés du site du constructeur automobile Smart, en Moselle, vont devoir faire, demain, un choix. En juillet, Daimler, propriétaire des marques Mercedes et Smart, a annoncé son intention de vendre son usine de Hambach, où est fabriquée la petite Smart électrique. Pourquoi ? En raison de difficultés financières liées au Covid-19. 

La production Smart doit continuer jusqu’en 2024, mais cela ne sauvera pas tous les 1.600 salariés du site. 

Et voilà le choix cornélien sur la table depuis quelques semaines, et sur lequel se prononceront demain les syndicats : accepter ou pas d’être repris par une entreprise qui fabrique de gros 4X4. Il s’agit d’Ineos, nos auditeurs ne connaissent sans doute pas cette société du secteur de la pétrochimie, qui appartient à un milliardaire britannique, Sir John Ratcliffe. A Hambach, il propose d’assembler entre 25 et 30.000 Grenadier, c’est le nom du modèle qui s'inscrit dans la roue du Defender de Land Rover, il promet cette production chaque année à l’horizon 2025. 

Le Grenadier, il faut voir les images sur Internet, c’est vraiment un vrai petit monstre (beau pour certains amateurs), un 4X4 dit de franchissement (des rivières, des talus etc.) dont on imagine que la consommation de carburants et les émissions de CO2 ne le font pas rentrer dans la catégorie frugale des amateurs de quinoa et de rutabaga. 

Précision : selon toute probabilité, il n’y aura pas de client en France parce que le malus sera très très élevé – 30.000 euros. Les syndicats vont dire oui, et c’est cette question qui est posée : doit-on dire oui ou non au sauvetage des emplois ? Vu de mon fauteuil, ici, c’est trop facile de tordre la bouche, de faire le difficile, mais le choix emploi / environnement est un choix qui va se poser de plus en plus souvent. 

Pour évacuer les échappatoires faciles à cette question difficile, sachez que les collectivités locales et l’Etat ont exploré toutes les possibilités.  

Et donc, votre réponse ? 

C'est de respecter les emplois, de ne pas condamner un type de véhicule parce qu’on n’a pas envie personnellement d’en avoir un (principe de liberté) mais c'est aussi de se demander si dans cinq-dix ans l’Europe et les Etats-Unis autoriseront encore la vente de ce type de véhicules polluants. 

Si la réponse est non - c'est probablement non-, la réponse est de faire en sorte que d’autres motorisations soient possibles et travaillées, hybrides, électriques ou hydrogènes.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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