Est-ce qu’on peut dire que l’Elysée et les syndicats jouent leur va-tout ?

C’est un tic journalistique de voir des moments essentiels, des rendez-vous déterminants et des tournants décisifs à chaque coin de rue ! Mais il est probable que nous sommes effectivement devant une semaine clé, la dernière peut-être. Parce qu’il y a une accélération dans les deux camps. Le Sénat a voté vendredi le passage à 62 ans, et les syndicats resserrent leur calendrier, avec une journée d’action demain et une autre samedi. Et parce qu’il y a trois éléments nouveaux qui entrent en action à partir de maintenant, que l’on avait ni le 7 septembre, ni le jeudi 23 septembre, ni le samedi 2 octobre.

Un : les grèves prévues dans les transports.

Deux : le blocage des raffineries.

Trois : le rôle joué par les jeunes, les étudiants et surtout les lycéens. Dans ce dernier cas, les syndicats proches du parti socialiste sonnent le rappel, pour l’instant cela a été limité, mais Facebook peut faire le reste.

Le Gouvernement doit-il craindre le risque de coagulation (comme on dit) ?

En tous cas, il surveille de près ce risque : vendredi, Raymond Soubie, le conseiller social de Nicolas Sarkozy a mis publiquement en garde contre les risques qu’il y a à mêler les lycéens. C’est vrai que des incidents sont toujours possibles. Sur le fond, même si leurs syndicats ont trouvé un levier en parlant des effets de la réforme sur le chômage, il s’agit quand même de jeunes de 15 à 18 ans qui seront en retraite en 2050 ou 2055 ! Bref, on ne les voit pas se mobiliser fortement. La question des raffineries est plus ennuyeuse pour l’exécutif, on a vu le rush dans les stations d’essence en Corse. Le blocage des terminaux pétroliers de Fos Lavera, qui est parti d’une énième réforme du statut des ports, coupera le robinet à carburant vers le 18 autour de Marseille, mais la raffinerie de Feyzin, près de Lyon, est concernée, comme une autre dans le Bas-Rhin. En Loire-Atlantique, une grève est aussi prévue à Donges (Total) à partir de demain.

Quel est votre pronostic ?

Nicolas Sarkozy et le Gouvernement sont victimes –ou coupables– de défendre une réforme dans un climat politique qui est (très) lourd. Mais, de l’autre côté, les syndicats ne sont pas ravis à l’idée de voir les jeunes changer la nature de leur mouvement. Ils connaissent aussi les risques de la radicalisation dans les transports. La clé, ce sera de savoir ce qui se passe non pas demain mais mercredi et jeudi. Mais l’attention va peut-être passer sur le sujet des raffineries.

Tous ceux qui contestent la réforme ne sont pas concernés au même degré.

Non ! Les lycéens, on l’a dit. En ce qui concerne les régimes spéciaux, la réforme leur sera applicable à partir de 2017, avec un relèvement de deux ans aussi. Ils sont donc concernés. Leur situation reste et restera toutefois particulière. Selon les derniers chiffres figurant dans un rapport qui vient d’être transmis au Parlement, l’âge moyen de départ à la retraite à la SNCF (pas seulement les conducteurs) était de 54 ans et huit mois en 2009, chiffre qui est de 53 ans et dix mois à la RATP. Cet âge de départ va augmenter mais l’écart reste énorme, par exemple avec le secteur privé, où il est de 61,5 ans.

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