Ce matin : la lecture économique de ce qui se joue en Catalogne.

Au-delà des tensions politiques, historiques et culturelles entre Madrid et Barcelone, il y a 2 lectures économiques de ce désir, de cette pulsion, indépendantiste qui enchaîne, on l'a vu hier soir, les pas en avant et en arrière. La 1ère explication est presque d’ordre intellectuel : en réaction à la mondialisation, les identités locales se trouvent, partout, exacerbées et un rétablissement de frontières souhaité. Mais il y a aussi une lecture moins noble dans l’affaire catalane : l’égoïsme tout simplement, la révolte de riches envers des pauvres. Il est frappant que Carles Puigdemont n’ait cité qu’un chiffre hier : le montant supposé des transferts de la Catalogne, plus riche, vers le reste de l’Espagne. C’est comme si l’Ile-de-France ne voulait plus payer pour la Bourgogne-Franche-Comté ou la Flandre pour la Wallonie. Une fois cela dit, que deviendra(it) une Catalogne indépendante ? Avec 8 millions d’habitants, elle se situerait entre l’Autriche et la Bulgarie pour la population. En termes de richesse, de PIB, elle serait entre la Finlande, l’Irlande et le Portugal. Pas moins mais pas plus. Bref, c’est une région riche mais une rupture avec le reste de l’Espagne aurait à court terme un effet brutal sur l’économie. Beaucoup d’entreprises sont parties ces derniers jours.

Deux autres questions se poseraient...

Un : une Catalogne indépendante sortirait-elle automatiquement de l’Europe ? C’est que ce disent les Européens pour qui elle devrait faire acte de candidature pour être réintégré - et Madrid n’aiderait pas. Deux : Il y a la question de la dette publique catalane, 75 milliards d’euros sans accès évident aux marchés financiers. La Catalogne sortirait-elle de l’euro ? Construire un Etat coûte cher aussi. Au total, bien sûr, des arrangements sont toujours possibles et généralement c’est ce qui se passe. L’ex-Yougoslavie a ainsi donné naissance à une myriade d’Etats qui existent. Et la Catalogne est plus viable économiquement. Mais ce serait au moins à court terme un affaiblissement pour Barcelone et Madrid. Quant à l’Europe, ce serait la confirmation que les forces centrifuges l’emportent sur les forces centripètes puisqu’il se serait écoulé seulement environ 500 jours entre le vote du Brexit et la déclaration catalane. L’ensemble de ces éléments économiques expliquent pourquoi, hier soir, les indépendantistes catalans ont hésité à sauter dans le vide sans élastique.

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