Les grands principes de la réforme des retraites ont été dévoilés hier.

Il y a deux attitudes possibles face à ce qui a été annoncé. 

La première attitude -et elle me tente- est celle de la poule face à un couteau : on ne sait pas comment prendre la réforme. Chacun sent bien que la création d’un régime universel fusionnant 42 régimes et appuyant le calcul de la pension sur des points, chacun sent que c’est une révolution. 

Chacun voit bien que le rapprochement des régimes du secteur privé et du secteur public, au nom d'une légitime équité,  est lourd de conséquences. Le fameux calcul de la pension à partir de 25 années de travail d’un côté, des six derniers mois de l’autre, a fait couler tellement d’encre et de salive dans les débats publics ou les déjeuners de famille. 

Mais bien malin qui sait les conséquences concrètes de tout cela, les gagnants et les perdants. Dans ce type de refonte, il n’y a pas de mesure-phare comme les 62 ans (qui sont maintenus) ou les 42 années de cotisations (qui disparaissent). La poule a beau tourner autour du couteau, elle ne sait du coup pas par quel bout le prendre. 

L'autre attitude est de regarder les réactions des syndicats qui sont, pour l’instant, plutôt mesurées – hormis la CGT. 

En réalité, Jean-Paul Delevoye a réussi son entrée en matière, il est difficile de crier avant même d’avoir mal. Ce qui n’empêche pas qu’on reparlera assez vite peut-être du fameux âge-pivot dont on parlait ici même lundi et dont l’objectif serait -s’il était retenu– de retarder l’âge réel et non légal de la retraite.  

Et le gouvernement fait aussi de la politique. 

Thomas Legrand a parlé d’économie, je vais parler de politique. Et toc ! En maintenant la présentation par Delevoye des principes de la réforme en plein remaniement flottant, Emmanuel Macron et Edouard Philippe montrent leur zénitude. Nous continuons à réformer, disent-ils. 

Ce n’est pas tout. L’idée d’écarter de la réforme tous ceux qui partiront en retraite dans les cinq ans (nés avant 1963), c’est malin. On sait que la proportion de gens âgés est forte dans les manifestations. 

En revanche, il y a une inconnue indubitable, poule ou pas poule, couteau ou pas couteau. On ne sait pas comment les salariés des régimes spéciaux (ceux de la SNCF, les notaires, les marins, les électriciens, la comédie française etc.) vont réagir.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.