L’édito éco de Dominique Seux, du journal "Les Echos". Audition à grand spectacle de Bernard Tapie, hier, par les députés, dans l’affaire Adidas. Il s’agit des auditions de la commission des finances de l’Assemblée sur les conditions dans lesquelles le tribunal arbitral a rendu son jugement très favorable à Bernard Tapie. Spolié, c’est ce jugement qui le dit, par l’ex-Crédit Lyonnais au moment de la vente d’Adidas il y a 15 ans, il devrait récupérer, après paiement de ses dettes fiscales, plusieurs dizaines de millions d’euros, voire plus de 100 selon les sources. Evidemment, c’est l’argent du contribuable qui est en cause. C’est une affaire extrêmement compliquée, politique, sur laquelle chacun a son point de vue. Mais ce qui était intéressant hier, c’est que les auditions, diffusées intégralement par les télévisions d’information en continu - et çà c’est nouveau - étaient absolument passionnantes, avec un Bernard Tapie très en verve. On se disait que le Parlement joue de plus en plus ce rôle d’enquête, de transparence, avec pas mal de publicité. La commission Outreau a bien sûr marqué un tournant. C’est une avancée démocratique, et les Etats-Unis nous précèdent depuis longtemps. Mais hier, on se disait aussi qu’en France, en matière économique, il y a encore beaucoup de champs à explorer où le Parlement pourrait jouer un plus grand rôle. Le parlement n'a-t-il pas assez de pouvoirs ? Il ne concentre pas forcément tous ses moyens là où ils seraient le plus utile. Le Parlement travaille énormément sur le budget, publie des tonnes de rapports, mais il faut être honnête, ils ne sont pas lus par grand monde. Peut-être parce qu’ils analysent les projets du gouvernement alors qu’ils devraient vérifier sur le terrain ce qui se passe. Autre chose : des commissions sont créées tous les jours pour réfléchir sur des thèmes souvent très généraux, la compétitivité de la France, le tourisme, l’énergie, la politique agricole commune. C’est intéressant mais il n’en sort pas toujours quelque chose de précis, de concret. Aux Etats-Unis, le Congrès n’hésite pas à contrôler davantage le pouvoir exécutif pour une bonne gestion de l’argent public, pour éviter l’arbitraire ou veiller aux intérêts de la collectivité. Et il a souvent révélé des scandales par ses auditions. La transparence est une condition de l’économie de marché. Quelles suggestions faire au Parlement ? L’affaire Tapie n’est sans doute pas la meilleure illustration parce que la remise en question de décisions de justice pose quand même un problème. Mais il ne serait pas aberrant que le Parlement - et pourquoi pas avec des auditions publiques - se penche sur ce qui intéresse les finances publiques, comme par exemple l’attribution des licences de téléphonie mobile, ce qu’on appelle la 4ème licence. Depuis des mois, il y a des bagarres en coulisses. Ou l’attribution des fréquences TNT. Au lieu de laisser cela au seul gouvernement, il pourrait s’intéresser aux concessions d’autoroutes comme il s’est penché - et c’était une vraie nouveauté - sur la fusion entre GDF-Suez. Le pouvoir d’achat est un sujet majeur, il pourrait entendre les industriels et les représentants de la grande distribution, ou regarder de près la distribution et les prix des carburants. Ça servirait peut-être aussi à éviter les procès d’intention. Alors, tous ces sujets ne méritent pas des auditions à grand spectacle, ils ne méritent peut-être rien du tout. Mais il n’y a rien à craindre de la clarté et du débat. Et cela pourrait même rapprocher les Français et l’économie, voire même les parlementaires.

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