Ce matin, la politique économique entre Charybde et Scylla.

Vous connaissez les deux monstres de la mythologie grecque qui barrent le détroit de Messine entre l’Italie et la Sicile. Charybde, c’est un tourbillon ; Scylla, c’est un récif. Quand un navire parvient à échapper à l’un, il se trouve pris dans l’autre. La politique économique du gouvernement avance dans les mêmes eaux et le même piège. François Hollande a promis de réduire le déficit public à 3% du PIB l’an prochain ; s’il se parjure, la crédibilité de la France disparaît, Berlin et la BCE sont furieux et les marchés tirent à vue. C’est le tourbillon, Charybde. Du coup, le président veut tenir. Mais voilà, cela coûte un effort budgétaire de 30 milliards d’euros, effort qui pourrait casser une croissance déjà faiblarde. C’est le récif, Scylla. Là est le dilemme infernal, le débat austérité-croissance, de cette rentrée.

Que disent les économistes ?

Les économistes (comme les journalistes) ne gouvernent pas, leur parole est du coup facile. Qu’ils soient libéraux ou keynésiens, ils sont du même avis : avoir le même objectif de déficit avec une croissance forte ou quasi-nulle est a priori insensé. Patrick Artus (Natixis), Daniel Cohen (Ecole d’Economie de Paris), l’OFCE le disent : les hausses d’impôt et les coupes vont provoquer une spirale : plus d’impôts, c’est moins de pouvoir d’achat, c’est moins de consommation, moins d’emplois, moins de recettes fiscales et au final plus de déficit.

Le raisonnement semble imparable.

Logique, mais pas complètement mécanique. Le gouvernement assure qu’en ciblant les hausses d’impôt sur les grandes entreprises et les ménages les plus aisés, il minimise le risque de spirale dépressive. On aimerait le croire si l’incertitude sur l’avenir fiscal ne minait pas tous les acteurs économiques. En réalité, le seul et le plus désespérant des arguments est que la France n’a pas le choix. Sa crédibilité budgétaire est si faible qu’elle ne peut pas faire cavalier seul en reniant sa parole. Du bout des lèvres, on peut en ajouter autre chose. Ceux qui tirent la sonnette d’alarme sur les risques d’un tour de vis sont souvent les mêmes qui assurent depuis vingt ans que dépenser plus pour relancer est le meilleur moyen de soutenir la croissance. Ils ont été beaucoup écoutés, on sait ce qu’il en est.

Mais y a-t-il une autre solution pour éviter Charybde et Scylla ?

Il y en a quatre. Un : obtenir au niveau européen une modification des trajectoires de déficit si la récession se confirme. Pas évident. Deux : prévoir un déficit à 3%, mais ne pas s’y tenir en laissant jouer les « stabilisateurs automatiques ». C’est le plus probable. Trois : tous les pays qui ont redressé leurs comptes ont agi en priorité sur les dépenses ; or les nôtres sont les plus élevées de l’Europe. Là, on voit peu. Quatre : se dire que la croissance, ce sont aussi des décisions qui ne coûtent rien, alléger des procédures, raccourcir des délais, décoincer ce qui coince. Nicolas Sarkozy avait créé la commission Attali et s’en était servi. Idée : François Hollande n’a qu’à installer une commission présidée par Alain Minc !

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