Hier, Cécile Duflot a présenté son projet de loi sur le logement aux députés. La crise du logement est une tragédie, a-t-elle lancé. A-t-elle raison ?

Oui, elle a parfaitement raison, la crise du logement mine le pays, pas partout mais dans un certain nombre d’endroits. Mais il est à craindre que ses remèdes soient à côté de la plaque parce que fondés sur une fausse analyse. Sur le constat, il suffit de deux chiffres très parlants mais qu’on peut retenir. Le premier vient de l’OCDE. Si on se dit que les prix de l’immobilier étaient de 100 en 2000, ils sont aujourd’hui en France à 180. C’est une hausse qu’on ne voit pas ailleurs – en Allemagne, c’est 90 et en Grande-Bretagne 150. La bulle ne s’est pas dégonflée. Le second chiffre vient de l’Insee. Il y a trente ans, le loyer pesait pour 10% du budget des locataires, aujourd’hui c’est 25%. Alors même que les revenus des jeunes ont reculé, c’est vrai que c’est insupportable.

Donc, Cécile Duflot a raison de prendre le taureau par les cornes un peu fermement...

Le problème est qu’elle se trompe sans doute de taureau, si on peut le dire comme cela ! Son texte repose sur l’idée que la responsabilité de cette situation appartient aux méchants propriétaires, qui se « gavent » (je relâche un peu mon vocabulaire aujourd’hui) sur le dos des locataires. S’il y a des abus (on pense aux chambres de bonnes), il faut les sanctionner. Mais pourquoi les Français seraient-ils plus méchants que les Allemands ? En fait, on oublie que les bailleurs ont dû acheter les logements au prix fort, qu’ils doivent éventuellement rembourser des emprunts avec les loyers, et qu’au total la rentabilité des logements mis en location est assez faible. Elle tourne entre 2 et 4% en moyenne avant impôt – ce n’est pas la mine d’or – et à Paris la rentabilité peut être négative. Le risque de ce discours est de décourager les investisseurs individuels

Le gouvernement défend l’idée d’un fonds de garantie des loyers. C’est une bonne idée, non, cela protège les propriétaires ?

L’idée de faire porter par une taxe les locataires défaillants est tellement française que cela prête à sourire. Le texte de Cécile Duflot est certes moins généreux qu’il y a quelques mois quand il visait à interdire toute expulsion. La prise en charge du loyer est limitée mais on peut évidemment craindre les abus. Le fonds du problème est que, contrairement à ce que l’on répète, le droit est déjà beaucoup du côté du locataire sur les renouvellements et les interruptions de bail, les charges de copropriété, la quasi impossibilité de faire partir un locataire indélicat.

Donc, ce texte se trompe de cible ?

La droite fantasmait sur les aides fiscales, qu’elle sortait en rafales. Echec. La gauche culpabilise les propriétaires. Ce sera un échec. C’est du côté de l’offre de logements, de la construction qu’il faudrait regarder, pour faire baisser les prix, libérer les terrains, faire des immeubles en hauteur, densifier, simplifier les règlementations. Le texte prévoit, et c’est bien, le transfert des plans d’urbanismes à l’échelon au-dessus de la commune. Mais il a reculé sur le transfert des permis de construire. C’est pourtant de ce côté qu’il aurait fallu regarder pour soigner les causes au lieu de chercher des boucs émissaires.

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