Le gouvernement a présenté hier ses grands objectifs de politique économique. Et le fossé ne cesse de se creuser avec l’Allemagne…

C’est ce qui frappe le plus -hélas- quand on regarde la séquence de ces dernières quarante-huit heures. Si la France a dévoilé hier sa stratégie sur la croissance et le déficit public, l’Allemagne l’avait fait mardi. La comparaison est cruelle. En 2010, au pic de la crise, les deux pays ont tous les deux choisi de soutenir l’activité qui chutait. La perte de recettes fiscales n’a pas été compensée et il y a même eu de la relance. Des deux côtés du Rhin, le déficit public, alors, a explosé : plus de 4% en Allemagne, plus de 6% en France. Mais depuis, quel contraste ! Depuis trois ans, Berlin est à l’équilibre ou presque ; depuis trois ans, Paris reste à plus de 4% et s’offre même le luxe de voir son déficit remonter cette année par rapport à 2013. Voilà une courbe inversée, mais ce n’est pas la bonne ! Et la France affiche un résultat aussi désastreux après avoir remonté les impôts comme jamais.

Sur le taux de chômage, le parallèle n’est pas à notre avantage non plus. Fin juillet, il était sous les 5% en Allemagne, plus du double ici. Alors, depuis des semaines, on entend que cela y est, l’Allemagne est rattrapée par les difficultés et le gouvernement français se réjouit ouvertement que le PIB y ait reculé au deuxième trimestre. Mais attention aux conclusions hâtives. Sur les douze derniers mois, nos voisins affichent une croissance supérieure à 1%, ici elle est égale à zéro. Et on ne parle pas des balances commerciales. Bref, où que l’on regarde, le déséquilibre n’a peut-être jamais été aussi important. Politiquement, le couple franco-allemand tangue ; économiquement nous en sommes au divorce. Alors, oui, les politiques d’austérité ont été excessives dans certains pays et auraient pu être allégées l’an dernier, une fois que l’euro ne menaçait plus d’exploser ; mais qui peut croire, honnêtement, que c’est cela qui explique principalement notre croissance zéro, la situation de nos comptes publics et l’écart avec l’Allemagne ?

Maintenant, que peut-il se passer ?

Bruxelles et nos partenaires sont mis devant le fait accompli, une fois de plus. Ils vont râler, protester, mais ils ne vont pas sanctionner la France. Paris a même poussé la provocation à dire la vérité sur les comptes le jour même de la présentation de la nouvelle Commission européenne. Manière de faire un bras d’honneur à la commission Barroso sortante et de dire à la nouvelle commission Juncker : la donne a changé. En réalité, il reste une seule chose à espérer : que les réformes structurelles, de fond, pour remettre la France en route, soient à la hauteur de la déroute sur nos comptes publics qui humilie la France et les Français.

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