Le déficit de l’Etat a atteint 87 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année. Est-ce un chiffre élevé ? Je vais vous donner quelques points de repères. 87 milliards, ça fait presque trois fois le déficit du premier semestre 2008, c’est moitié plus que le déficit de l’ensemble de l’année dernière, qui était un record absolu. Et l’Etat a réussi la performance de dépenser pendant la première moitié de l’année 54% de plus qu’il n’a encaissé. Aucun banquier ne nous autoriserait, vous ou moi, à faire pareil. Autrement dit, le dérapage est impressionnant. D’où vient ce dérapage ? De deux grandes sources. D’abord, il y a les mesures de relance. Soutien aux trésorerie des entreprises, investissements publics, aides aux constructeurs automobiles : au total, il y en a pour 22 milliards. Ensuite, il y a les taxes qui rentrent moins bien, à cause de la chute de l’activité économique. L’impôt sur les sociétés, par exemple, a dévissé de 80%. Au total, il y en a là pour 27 milliards de déficit supplémentaire. Une petite moitié de la dégradation vient donc d’une décision politique, elle a été choisie pour lutter contre une conjoncture exécrable. Et une grosse moitié vient de l’économie, elle a été subie. Est-ce que ça va s’arranger d’ici à la fin de l’année ? Peu probable. Le plan de relance va continuer de faire sortir de l’argent public. Et l’impôt sur les sociétés ne va pas s’améliorer. Et encore, je ne parle ici que de l’Etat. Quand on élargit le champ à l’ensemble des finances publiques, c’est encore pire. Le déficit de la Sécu va dépasser les prévisions d’au moins 12 milliards. Et les collectivités locales sont également dans une situation périlleuse. Leurs recettes liées à l’immobilier s’effondrent. Et leurs dépenses sociales s’envolent. Au total, la tornade économique et financière aura creusé cette année le déficit public d’au moins 80 milliards d’euros. Un chiffre là aussi sans précédent. Faut-il s’en inquiéter ? Alors, quand l’économie va mal, c’est normal que le déficit public monte. Le gouvernement qui voudrait aujourd’hui serrer la vis pour rétablir l’équilibre budgétaire tuerait son économie et ce n’est évidemment pas souhaitable. Il faut accepter la baisse des impôts et la hausse des dépenses sociales, ce que les économistes appellent les " stabilisateurs automatiques " de l’économie. Et il faut aussi agir pour soute nit l’activité. En 1932, Franklin Roosevelt avait été élu sur la promesse de faire baisser les dépenses publiques de 20% et il a fait exactement l’inverse pour sortir l’économie américaine du trou. On a vu la même chose lors de la précédente récession économique, en 1993 : le problème vient d’un excès de dette privée et la solution passe - notamment - par une montée de la dette publique. Et il n’y a pas de limite à la dette publique ? La vraie question est là. Pour l’instant, les investisseurs sont trop heureux de prêter de l’argent à un Etat qui paraît autrement plus solide que des constructeurs automobiles ou des banques. Et c’est vrai que les impôts nous survivront. Mais un jour ou l’autre, les épargnants pourraient bien se lasser, ou manquer d’argent. C’est le scénario du krach des Etats. Il paraît impensable. Mais les faillites des plus grandes banques de Wall Street, du constructeur General Motors ou de l’Islande paraissaient tout aussi impensables il y a un an – et elles ont pourtant eu lieu.

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