Aujourd’hui ça risque de chauffer sur le prix du lait ! Qu’est-ce qui se passe ? Les fabricants de produits laitiers comme Bel, Lactalis, Bongrain ou Sodiaal vont recevoir les syndicats de producteurs qui leur avaient lancé un ultimatum pour ouvrir des négociations sur le prix du lait. Un accord avait été signé il y a un an. Il prévoyait une hausse du prix payé aux agriculteurs si les cours du lait remontaient sur le marché mondial. Or ces cours ont remonté et les industriels se font tirer l’oreille. Les agriculteurs sont furieux. Ils ont calculé qu’ils avaient droit à 10% de hausse. Ils ont l’impression de s’être fait avoir, d’autant plus que les temps sont très durs. Ils reçoivent de moins en moins de subventions européennes. L'an dernier, leurs revenus ont baissé de moitié avec la chute des marchés. Peu de professions résisteraient à de tels à-coups. Et quand on parle des producteurs de lait, il faut avoir en tête que le leur métier est l’un des plus exigeants qui soient, puisqu’il faut s’occuper des bêtes tous les jours. Et que peuvent faire les producteurs de lait ? L’an dernier, ils avaient déversé des millions de litres de lait dans la baie du Mont-Saint-Michel. Ca avait fait de très belles photos diffusées dans le monde entier, mais ça n’a pas fait avancer beaucoup leur cause. Au printemps, ils ont bloqué des usines de transformation, mais ça revient un peu à se tirer une balle dans le pied, car ces usines travaillent avec leurs produits. Cette fois-ci, ils ont trouvé une action plus originale : ils mettent des autocollants dans les magasins sur les boîtes de Vache qui rit, de camembert Président ou de Caprice des dieux pour appeler au boycott. Mais ils ne peuvent pas le faire à très grande échelle. Et puis des industriels ont porté plainte pour préjudice causé à la marque. Les producteurs réfléchissent donc à d’autres formes d’action. Pas facile. Pourquoi les industriels refusent d'augmenter les prix? D'abord parce qu'il y a une pression très forte. En ces temps de crise, les grandes surfaces veulent pouvoir tirer les prix au maximum. Ils mettent donc la pression sur les industriels, qui la reportent sur leurs fournisseurs. Ensuite, il y a une concurrence redoutable qui vient d'Allemagne. Jusqu'en 2006, les prix du lait français et allemands étaient voisins. Depuis, les uns et les autres ont repris leur liberté. Et les prix français sont aujourd'hui sensiblement plus élevés que les prix allemands. Résultant, nos importations de produits laitiers venant de l'autre côté du Rhin ont bondi l'an dernier, et deux usines de transformation ont fermé en France. Il faut se faire à une idée dérangeante: l'Allemagne n'est pas seulement un champion de l'automobile ou de la machine-outil, c'est aussi devenu une redoutable puissance agricole. Mais comment l'Allemagne fait-elle pour produire du lait moins cher qu'en France? Il y a toute une série de raisons. D’abord, il y a des grandes exploitations, très efficaces. Ensuite, ils ont un régime fiscal plus avantageux sur la TVA. Ils ont aussi été incités à poser massivement des panneaux solaires sur leurs bâtiments agricoles, et ils vendent leur électricité qui leur fait un complément de revenu. Et puis le salaire minimum ne s’applique pas dans l’agriculture. Enfin, les exigences sanitaires sont moins grandes. Autrement dit, l’Allemagne a adopté une série de mesures qui constituent une politique laitière. Et pas la France.

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