Les banques françaises ont été très attaquées en Bourse hier, avant de terminer en hausse. Question simple : peut-on encore leur faire confiance ?

Réponse simple : oui.

Pour justifier cet optimisme qui n'est pas franchement ma marque de fabrique, je voudrais repartir en 2008, après la faillite de la banque Lehman Brothers . Cela avait été tendu pour toutes les banques, elles étaient tétanisées et elles ont donc brutalement cessé de se prêter de l’argent les unes aux autres, ce qui est pourtant dans la logique de leur fonctionnement.

Le gouvernement était venu à leur secours. Il leur avait prêté 10 milliards d’euros à un taux d’intérêt élevé (8%) et surtout garanti les dépôts et l’épargne de leurs clients.

Depuis, les banques sont devenues beaucoup plus solides. On entend souvent que les nouvelles réglementations créées depuis la crise n’ont pas changé grand-chose mais là, clairement c’est faux.

C’est sous la pression des nouvelles règles que les banques ont accru la partie la plus dure de leur capital, qui a par exemple doublé pour BNP Paribas.

Elles sont devenues plus transparentes, là aussi sous la pression des pouvoirs publics.

L’Europe leur a imposé d'augmenter sérieusement le fonds de garantie des dépôts, qui devrait être multiplié par cinq à dix dans les quinze années à venir.

Et enfin, elles ont fait un sérieux ménage, elles se sont débarrassées de beaucoup de produits toxiques et elles ont vendu des activités risquées.

Mais alors, pourquoi cette défiance des investisseurs ?

Il y a deux grandes raisons.

La première porte sur leur capacité à emprunter. Une partie du métier de banquier consiste à faire de la transformation, à trouver de l’argent à court terme et le transformer en long terme, pour pouvoir vous prêter par exemple de quoi acheter votre maison.

Cela suppose d’avoir beaucoup de dépôts – et les banques se sont livrées ces dernières années à une course aux dépôts. Le reste, elles doivent l’emprunter, il s’agit de sommes considérables, des dizaines de milliards d’euros par an.

Si elles ne trouvent pas de prêteurs en face, il y a un gros problème qui peut les mener à la faillite. Mais pour se protéger de ce choc éventuel, les banques françaises ont constitué d’énormes airbags remplis de liquidités – près de 100 milliards pour la Société générale et même 150 milliards pour BNP.

Et la deuxième raison ? Là, vous êtes en train de nous expliquer qu’il n’y a pas du tout de problème et j’ai un peu de mal à vous croire.

Il y a un problème et j’y viens.

Le vrai problème des banques, c’est qu’elles ont prêté des sommes colossales aux Etats – Grèce, Italie, France bien sûr.

Pour la Grèce, la dette doit en principe être étalée dans le temps, cela devrait être entériné bientôt et cela leur a coûté bonbon.

Pour l’Italie et plus encore la France, si les obligations perdent une partie de leur valeur, après par exemple un abaissement de la notation fixée par les grandes agences, leurs réserves vaudront moins cher et elles devront alors augmenter massivement leur capital, ce qui est une opération toujours compliquée, surtout quand les investisseurs se méfient.

En plus, les doutes sur la solidité financière de l’Etat français enlèvent une protection sur les banques.

En septembre 2008, Nicolas Sarkozy avait déclaré, je cite : « Quoi qu'il arrive, l'État garantira la sécurité et la continuité du système bancaire et financier français. »

Aujourd’hui, s’il disait la même chose, on aurait plus de mal à le croire.

Mais pour l’instant, les banquiers se débrouillent très bien tout seul, quand on ne leur balance pas de vilaines rumeurs dans les dents comme ces derniers jours. Tant mieux et pourvu que cela dure.

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