Jean-Marc Vittori

Le gouvernement hésite à interdire la cigarette électronique dans les lieux publics. Il devra préciser sa position à la rentrée dans son plan antitabac. Pourquoi cette hésitation ?

Je résisterai à la tentation d’ironiser sur le gouvernement. Là, il a une vraie raison d’hésiter. Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, expliquait récemment aux députés que la cigarette électronique n’est ni un produit du tabac ni un médicament de sevrage. Elle a raison : c’est une in-no-va-tion. Ca n’existait pas avant.

Cet instrument sert aussi bien à inhaler de la nicotine dangereuse que des arômes qui semblent totalement inoffensifs.

Face à cette nouveauté, il est frappant de voir à quel point chacun glisse sur sa pente naturelle. Les anxieux veulent interdire au cas où, les libéraux et les curieux veulent laisser faire avant d’avoir des données scientifiques.

En attendant, la cigarette électronique est déjà un objet économique fort instructif, pour trois raisons très différentes.

Première raison donc…

Eh bien c’est une innovation chinoise. Un ingénieur américain avait bien déposé un brevet décrivant le principe il y a un demi-siècle, mais aucun industriel n’avait jugé bon de l’exploiter. Un pharmacien chinois, Hon Lik, l’a réinventé en 2003. Un an plus tard, la cigarette électronique est lancée sur le marché chinois, pour aider les fumeurs à s’arrêter de fumer, avant de partir à l’export.

Alors bien sûr, vous me direz que les Chinois avaient déjà inventé le papier, la boussole, l’imprimerie ou la poudre à canon. Mais c’était dans l’ancien temps.

La cigarette électronique est sans doute le premier objet grand public à grand succès de l’ère moderne non seulement « made in China » mais aussi inventé là-bas de A à Z. C’est un symbole de la renaissance du génie chinois.

Un produit 100% chinois qui a conquis le monde entier

J’irai même jusqu’à soutenir que son histoire rappelle un peu celle de Coca-Cola, et c’est la deuxième raison qui le rend intéressant.

La célèbre boisson gazeuse avait été inventée par un pharmacien américain pour aider les anciens blessés de la guerre de Sécession à se désintoxiquer de la morphine. Elle a ensuite largement débordé cette clientèle, au nom d’un principe de plaisir alimenté par le marketing.

La cigarette électronique, elle aussi, élargit sa clientèle. Aux Etats-Unis, les producteurs ont inventé des milliers de parfums que les consommateurs adorent inhaler sans la moindre nicotine : crumble, cerise, pomme, etc. Les vraies innovations dépassent toujours le projet de leur concepteur. Et le succès va au plaisir.

Quelle est la troisième raison, très différente, de s’intéresser à la cigarette électronique ?

C’est qu’il y a là un moyen de récupérer de l’argent, ou plutôt des impôts !

Beaucoup de réservoirs de cigarette électronique contiennent en effet de la nicotine. Et c’est d’abord la nicotine qui justifie la lourde taxation des bonnes vieilles cigarettes, car c’est elle qui crée l’accoutumance.

Ce qui me surprend le plus dans l’attitude du gouvernement français sur la cigarette électronique, ce n’est pas qu’il hésite. C’est qu’il n’a pas encore inventé la taxe sur les réservoirs à nicotine.

Le génie français ne demande ici qu’à s’exprimer.

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