Le sujet économique du jour, c’est le ralentissement de la Chine. Pékin a annoncé hier la dévaluation de sa monnaie. Quels en sont les enjeux ?

La première raison d’être de cette dévaluation du yuan est de redonner un coup de fouet aux exportations chinoises. Il y a urgence : elles ont reculé de 8.3 % en juillet . Un tel plongeon appelait des mesures exceptionnelles. D’où cette décision choc, même si les autorités chinoises ne parlent pas de dévaluation : elles se sont réfugiées derrière un nouveau mode de calcul du taux pivot de la banque centrale chinoise, autour duquel le yuan est autorisé à flotter face aux autres devises.

Mais les faits sont là : une telle baisse de ce taux, c’était du jamais vu depuis 2005. « Une arme de dernier recours », selon un expert, face à la dégradation de la situation économique de la Chine. Le ralentissement que vous évoquiez est intégré par tous. Mais là, sa vitesse continue de surprendre et donc inquiéter

Qu’est ce qui est passé au rouge, sur le tableau de bord de Pékin ?

D’abord, les exportations, le symbole de la montée en puissance de Pékin sur fond de mondialisation, ne jouent plus le même rôle de moteur. C’est assumé, les industriels chinois ont même eu le feu vert depuis des années pour délocaliser des activités en Asie du Sud-Est, en quête de main-d’œuvre moins cher pour des productions de base. Mais le message qu’a envoyé hier la banque centrale, est en gros qu’il convient de relancer la machine à exporter. Car les relais de croissance sous-performent encore. L’ambition de la Chine est de rééquilibrer son modèle grâce à l’essor de la consommation intérieure. Mais ce n’est pas forcément de « Made in China » qu’est friande la nouvelle classe moyenne du pays. Et par ailleurs, l’investissement patine, les ménages commencent àprivilégier l’épargne plutôt que la consommation . Pékin ambitionne encore une croissance de 7 % cette année, elle sera plutôt de 5 % selon nos critères. Et beaucoup posent la question de la capacité du Parti Communiste à réussir un atterrissage en douceur.

Forcément, des répercussions se font sentir sur les entreprises françaises. Quelles sont les plus exposées ?

D’abord l’automobile , pour qui cette dévaluation coïncide avec la publication de chiffres décevants sur les ventes de voitures neuves en Chine. Le résultat n’a pas tardé : les titres de PSA et Renault ont chuté hier en Bourse. Tout comme ceux des équipementiers.

Les valeurs du luxe ont aussi tiré vers le bas le CAC40. Même si ces groupes ont anticipé le ralentissement depuis plusieurs années, la Chine représente 30 % en moyenne de leur activité. Beaucoup songent à repenser leur politique de prix là-bas.

Enfin, il y a les matières premières : la Chine qui s’essouffle, c’est une mauvaise nouvelle pour les métaux de base , et ne parlons pas du pétrole qui a terminé hier à la Bourse de Paris au plus bas depuis cinq ans.

Après le récent krach de la bourse de Shanghai, cette dévaluation est un moment de vérité pour l’exécutif chinois. Il doit vite prouver qu’il reste un timonier à la barre du mastodonte de l’économie mondiale.

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