Les Français sont d’incurables pessimistes sur l’économie. Vous en avez trouvé une nouvelle preuve…

Eh oui…86% des Français trouvent que la situation économique de leur pays est mauvaise. Une proportion très élevée, surtout quand on compare avec ce qui se passe ailleurs. C’est tout l’intérêt du sondage commandé dans seize pays par le Pew Research Center, un centre américain d’études. 86% de Français pessimistes donc, comme les Espagnols, seuls les Grecs sont plus noirs, à 97%. Et eux on les comprend : leur revenu par tête a dévissé d’un quart en dix ans tandis que le nôtre a, si j’ose dire, seulement stagné. Dans tous les autres pays, on est beaucoup moins sombre : 66% de pessimistes en Italie, 54% aux Etats-Unis et moins d’un sur quatre en Allemagne, en Inde ou en Chine.

Y a-t-il un indicateur qui permet d’expliquer cette neurasthénie française ?

Bien sûr, la France a eu l’une des croissances les plus faibles des pays avancés depuis un quart de siècle, mais c’est pire encore en Italie. Il y a plus de chômeurs en Espagne, moins de naissances en Allemagne, davantage de suicides dans les pays nordiques et beaucoup plus d’inégalités dans les pays anglo-saxons. Même en cherchant bien, impossible de trouver un seul chiffre objectif justifiant ce positionnement médiocre de la France.

Ce pessimisme serait alors juste un ressenti?

Oui, mais un ressenti profondément enraciné dans notre histoire et notre culture. Nous avons collectivement une formidable capacité d’autodénigrement, qui se retrouve dans le cliché des Français perpétuellement râleurs. Cette capacité explique par exemple que la France soit seulement au 22e rang de l’indice de la compétitivité mondiale établi par le World Economic Forum, car cet indice est notamment calculé à partir de l’opinion de dirigeants d’entreprise sur leur propre pays. Et pour revenir à l’actualité du moment, les performances des sportifs français aux JO ne vont pas changer la donne.

L’autodénigrement est-il un problème économique ?

Non si nous relions « le pessimisme de l’intelligence » avec « l’optimisme de la volonté », pour reprendre l’expression de l’écrivain Romain Rolland magnifiée par Antonio Gramsci. Mais ce n’est pas toujours facile. Les pessimistes ont souvent d’excellentes raisons de ne rien faire. Et vu de l’étranger, une France où les habitants disent qu’ils sont nuls n’est attirante ni pour les consommateurs ni pour les investisseurs. Donc oui, le pessimisme est un frein à la croissance. Et pour desserrer ce frein, il faudrait non un garagiste mais un psychanalyste.

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