En ce début de semaine, vous êtes à Pékin… Dans quelques jours, l'Exposition universelle de Shangaï va ouvrir ses portes… Aura-t-elle lieu dans un pays qui est sorti de la crise ?La semaine dernière, on a parlé de statistiques de croissance qui montraient que les pays développés étaient tous en train de sortir de la crise – mais c'était sur le fil du rasoir, à quelques dizièmes de croissance par trimestre près. Avec la Chine, la situation est évidemment différente. Si l'on en croit les données les plus officielles et les plus accessibles, et aussi ce que l'on voit, la crise a été limitée et elle est terminée. Partout des lignes de chemin de fer, des autoroutes, des immeubles, sont en construction ou en projet. Après un trou d'air de quelques mois, la croissance a atteint presque 9% l'année dernière et sera à peu près du même acabit cette année. C'est moins qu'en 2007, 13%, mais c'est énorme naturellement. Bref, on l'impression que çà repart et que au fond, les Jeux Olympiques de l'été 2008 à Pékin et l'Exposition Universelle du printemps 2010 à Shangaï encadrent le gros de la crise et témoignent de la force de la Chine. C'est aussi simple que cela ?Le diagnostic est exact mais, vous avez raison, il y a un petit bémol à apporter. Il y a quelques fragilités au modèle chinois. Je le dis avec précaution, parce que cela fait quinze ans que l'on parle des fragilités chinoises, des risques, des déséquilibres chinois qui seraient cachés par la croissance folle de ce pays et que finalement tout se passe bien. L'ouverture internationale aux investissements étrangers lui a permis de brûler les étapes de son rattrapage technologique et il s'est inséré dans le processus de mondialisation - pour son plus grand bénéfice. Cela étant, ce qui est vrai est que la croissance de la Chine a tenu le coup en 2009 grâce à un formidable plan de relance, en infrastructures notamment. Les entreprises d'Etat, les banques publiques, les collectivités locales ont remplacé le secteur privé défaillant. Secteur privé qui a souffert du fait que les ménages américains et européens, soudainement, n'ont plus acheté les produits made in China, avec comme résultat le retour de 30 millions de paysans dans leurs campagne. La relance a limité les dégâts mais, comme chez nous, l'endettement ne peut pas augmenter à l'infini. 2010 sera un test. Ce n'est pas la seule interrogation…Tout tourne autour des relations avec le reste du monde. Même si le commerce extérieur chinois a enregistré en mars son premier déficit depuis 6 ans – on l'a su vendredi - , les Américains et les Européens militent pour une réévaluation du yuan … qui va peut-être venir. Les produits chinois sont artificiellement peu chers. Et puis, entre Google qui a eu un lourd conflit avec la Chine, l'échec de Copenhague imputé en partie à Pékin, les condamnations pour corruption d'anciens salariés du géant minier Rio Tinto, le climat avec le reste du monde se tend. Dans les capitales occidentales, on parle d'orgueil retrouvé et excessif. C'est une accusation lourde, sans doute excessive elle même puisque l'Europe et les Etats-Unis auraient les moyens de réagir. Mais après une dizaine d'années de fascination, c'est clairement le temps des tensions.

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