L’OCDE a publié hier son rapport sur la France. Allons-nous bien, docteur ?

Ca va mieux, mais ce n’est pas encore ça. L’économie accélère après la déprime de 2009, la croissance pourrait atteindre 2% l’an prochain, l’investissement devient le principal moteur de l’activité, mais tout ça ne suffira pas à faire refluer le chômage. Face à cette situation, l’OCDE, le club économique des pays développés et de quelques autres, prône un remède classique : le rétablissement des comptes publics. En revanche, elle est plus surprenante sur l’immobilier. Elle s'inquiète d'une baisse des prix. Et surtout, elle dresse un véritable réquisitoire de la politique du logement menée par la France. Ca, c’est nouveau et intéressant.

Qu’est-ce qui n’irait pas dans notre politique du logement ? C’est simple : la politique du logement coûte très cher et il y a malgré ça beaucoup trop de gens mal logés. En 42 pages qui résument toute une série d’études, l’OCDE dresse un portrait saisissant de la situation. Les aides au logement dépassent 37 milliards d’euros par an. Ca fait pratiquement 2% des richesses produites, deux fois plus que la moyenne des pays OCDE. Malgré cet effort, il y a plus de 3 millions de personnes mal ou très mal logées. Et les inégalités s’accroissent. Au début des années 1970, il y avait la même proportion de propriétaires chez les 20% de Français les moins aisés et chez les 20% les plus aisés : un sur deux. Aujourd’hui, les trois quarts des plus favorisés possèdent leur toit, contre à peine plus du tiers des foyers modestes. Et dans les classes moyennes, le budget maison pèse de plus en plus lourd.

Que faire pour que ça aille mieux ? Les experts de l’OCDE proposent toute une série de mesures. J’en citerai juste quatre en vrac.

  • Un : pour favoriser la mobilité, mieux vaut taxer la propriété plutôt que l’échange de propriété, et donc baisser les droits de mutation lors de l’achat d’un logement et augmenter la taxe foncière.

    • Deux : cette taxe foncière doit être calculée sur une valeur cadastrale mise à jour, et non sur des chiffres de 1970 vaguement revalorisés.
  • Trois : mieux vaudrait aussi augmenter les loyers des logements sociaux, en augmentant en parallèle les aides aux plus démunis.

  • Quatre : pour favoriser la transparence, l’Insee et les notaires pourraient publier chaque trimestre par département le montant moyen des commissions au mètre carré prélevées par les agences.

Ca permettrait au client de comparer. Tout ça ressemble furieusement à un catalogue libéral. C’est vrai que c’est l’esprit dominant au château de la Muette, là où est installé l'OCDE. Mais il n’y a pas que ça, surtout depuis que son patron est un Mexicain, Angel Gurria. L’organisation propose aussi que la taxe sur les logements vacants soit élargie, car elle rapporte trop peu. Il faudrait également taxer les plus-values sur la résidence principale. Et aussi accroître les pénalités sur les communes qui ne respectent pas les quotas de logements sociaux. Mais vous savez, libéral ou étatiste , ce n'est pas forcément la bonne grille de lecture dans l'immobilier. Même les ultralibéraux admettent que c'est un domaine où l'action de l'Etat est nécessaire. Ca, en France, on sait faire. Mais cette action doit être efficace –et ça, on a plus de mal.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.