Votre journal, Les Echos , a regardé de près une des mesures proposées par François Hollande : le plafonnement des salaires des patrons des entreprises publiques.

Une mesure du candidat socialiste dont on a beaucoup moins parlé que de la taxation à 75% des revenus supérieurs à un million d’euros, mais une mesure tout aussi symbolique. De quoi s’agit-il ? François Hollande a indiqué que, s’il est élu, le salaire le plus haut versé dans les entreprises du secteur public sera bloqué à vingt fois le salaire le plus bas. Ce « un à vingt » serait obligatoire dans les sociétés contrôlées à plus de 50% par l’Etat et serait proposé ailleurs ; il ne concernerait pas seulement le patron mais aussi les cadres supérieurs. Concrètement, le revenu maximum tournerait autour de 350.000 euros par an. Vous allez voir, ce n’est pas sans conséquence.

Alors, qui cela toucherait-il ?

Les dirigeants menacés par cette mesure sont identifiés. Luc Oursel, le patron d’Areva, devra diviser son salaire par deux, tout comme Jean-Paul Bailly, le patron de La Poste. Henri Proglio, chez EDF, par plus de trois, et Stéphane Richard, France Télécom, par quatre. La division serait même par dix pour Gérard Mestrallet, à la tête de GDF Suez, mais l’Etat, qui contrôle un tiers du capital seulement aura du mal à imposer sa loi. Et il n’a aucune chance chez Renault ou Air France.

Maintenant, qui serait épargné ?

Epargnés parce que les salaires sont en dessous de ce plafond d’environ 350.000 euros. Alors, qui ? Guillaume Pépy, à la SNCF, dont le salaire n’est pas connu officiellement, mais qui est en dessous, à tel point qu’il gagne dix fois moins que son homologue de la Deutsche Bahn. Dans les épargnés, il y aurait aussi Pierre Mongin, de la RATP, mais aussi les dirigeants de l’audiovisuel public, à la télévision et à la ... radio.

Voilà le tableau ... que penser de cette proposition ?

Il faut être clair : c’est le droit absolu de l’Etat de décider ce qu’il veut pour les entreprises publiques. Des dirigeants de grande qualité acceptent ce niveau de revenu, d’ailleurs très confortable. Maintenant, c’est à l’Etat d’apprécier s’il peut recruter assez de talents à ces conditions et s’il est logique que ces patrons du service public ne soient pas dans les 100.000 personnes les mieux payées de France - puisque 100.000 personnes gagnent plus de 350.000 euros. Il sera dur de changer la donne à France Télécom par exemple, puisque les dirigeants peuvent aller à la concurrence, Vivendi, Bouygues. Mais encore une fois, l’Etat est patron chez lui. La situation est différente dans le secteur privé, où le seul levier est la fiscalité et où la question est de savoir si un pays peut agir seul.

Encore un point : pourquoi commenter cette mesure-là ?

Bonne question parce que dans cette période, tous les candidats, chez Hollande, chez Sarkozy, chez les autres, quand on évoque un sujet, suspectent, et nous le disent, des arrières pensées, y compris politiques. On les rassure : il n’y en a pas. Pourquoi ce sujet ? Pourquoi pas.

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