L’Europe n’a aucun géant du numérique, ni Apple, ni Facebook, ni Amazon, ni Uber, ni Microsoft, ni Google. Pourtant, elle apparaît comme une terre colonisée par ces groupes américains. La leçon de ces dernières semaines est bien que le vent a tourné pour les GAFA.

Pierre Moscovici, commissaire européen chargé des affaires économiques, financières et douanières, lors d'une conférence de presse. L'UE a dévoilé des propositions pour une taxe numérique ciblant aujourd'hui les géants américains de la technologie.
Pierre Moscovici, commissaire européen chargé des affaires économiques, financières et douanières, lors d'une conférence de presse. L'UE a dévoilé des propositions pour une taxe numérique ciblant aujourd'hui les géants américains de la technologie. © AFP / Emmanuel Dunand

Le paradoxe est évidemment que l’Europe n’a aucun géant du numérique, ni Apple, ni Facebook, ni Amazon, ni Uber, ni Microsoft, ni Google et qu’elle apparaît comme une terre colonisée par ces groupes américains à la fois géniaux et redoutés. Mais sa victoire est que la régulation dont on commence à parler partout, et que réclame depuis deux jours la main sur le cœur et l’excuse aux lèvres Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, cette régulation existe et elle est européenne. 

La leçon de ces dernières semaines est bien que le vent a tourné pour les GAFA. Sur le plan financier : leur capitalisation boursière a reculé de 320 milliards de dollars en un mois – excusez du peu. Mais le vent tourne surtout en termes de réputation. Après l’admiration (légitime), la suspicion. 

Google est accusée de siphonner la publicité. 

Apple d’organiser l’obsolescence programmée de ses produits. 

Amazon de tuer le petit commerce. 

Facebook, bien sûr, de pirater les données personnelles et de propager les fake news, les fausses nouvelles. 

Uber, enfin, est accusé d’exploiter ses chauffeurs. 

Il serait naturellement idiot de décréter la mort de ces géants, mais une parenthèse enchantée se referme, ils ont perdu leur magic touch, la normalisation arrive.

Sous quelle forme ?

Mark Zuckerberg a vanté plusieurs fois ces dernières heures la règlementation européenne sur la protection des données qui entrera en vigueur le 25 mai, la RGPD, et imposera un consentement explicite pour l’utilisation des données personnelles avec de grosses sanctions à la clé. 

C’est bien un système de régulation ou de supervision des GAFA qui est nécessaire pour les réseaux sociaux, et un parallèle peut être fait avec par exemple les réseaux bancaires ou télécoms, mais surtout bancaires. 

À partir du moment où une activité économique devient essentielle à la vie sociale, un contrôle est nécessaire avec des autorités extérieures dotées de pouvoirs importants. L’autorégulation ne suffit pas

Après Lehman Brothers la supervision financière a été renforcée. Si les GAFA n’acceptent pas cela de façon loyale, il y a fort à parier qu’une autre solution politique s’imposera : le démantèlement d’entités trop grandes. C’est ce qui est arrivé en 1914 dans le secteur pétrolier à la Standard Oil, trop puissance. L’or numérique aujourd'hui comme autrefois le pétrole : la toute-puissance peut être l'ennemi de la démocratie.

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