L’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Ce matin, vous évoquez un décret paru vendredi, qui concerne les taxis et dont personne n’a parlé. Expliquez-vous !

Vous allez voir, cela va au-delà des taxis. De quoi s’agit-il ? Un décret de François Fillon est paru vendredi au « JO » (comme on dit). Il fait sauter l’obligation pour les taxis, dans toute la France et à Paris, de changer avant le 31 décembre les feux lumineux qui signalent sur leur toit s’ils sont libres ou pas. Et il fait sauter l’obligation d’installer une petite imprimante pour éditer la note. Cette histoire remonte à 2008. Jacques Attali publie alors un rapport pour (je cite) « libérer la croissance ». Une des mesures consiste à augmenter le nombre de taxis. Opérations escargots, bouchons, le gouvernement enterre le rapport. Mais signe avec la profession un accord qui, entre autres, les oblige à remplacer les feux illisibles en plein jour - à Paris, il faut être à moins de 10 mètres pour deviner si un taxi est libre ou pas – (les remplacer) par un large feu vert ou rouge sur le toit. Les taxis avaient trois ans et demi pour s’équiper, cette date butoir vient de sauter.

Vous avez une explication ?

Je n’ai pas fait d’enquête approfondie. Le décret explique simplement que les taxis ne peuvent pas respecter ce délai. A partir de là, on peut tout imaginer. Une rupture de stocks sur les feux lumineux, avec une usine qui a flambé quelque part ! On peut imaginer que les bateaux qui amènent les ampoules de Chine ont sombré ! Soyons sérieux : les taxis sont mécontents, ont fait du lobbying et, à quelques mois de la présidentielle, le gouvernement n’a pas voulu en rajouter. Car en réalité, les pouvoirs publics ont cédé sur ce point-là pour ne pas caler sur un autre, plus essentiel à leurs yeux : l’ouverture déguisée du marché, avec la nouvelle catégorie des VTC, les voitures de tourisme avec chauffeur, qui ne sont pas soumises aux mêmes règles, comme d’ailleurs les motos-taxis. Oui, c’est vrai, mais une promesse faite aux clients n’a pas été tenue.

Quelle lecture peut-on faire de cette histoire ?

Une histoire qui n’est pas essentielle. Mais ce qui est intéressant est de vérifier une fois de plus l’habitude des pouvoirs publics de ne pas aller jusqu’au bout. On décide quelque chose, on l’annonce fort, et on ne s’y tient pas. Combien de lois votées dont les décrets d’application ne paraissent pas ? Combien de réformes qui disparaissent dans les sables ? Les lobbies passent par là – parfois avec des arguments –, et les règles changent en silence. L’opinion est priée de ne rien voir ni dire.

Et, raccourci audacieux, cela s’applique aussi à l’euro !

C’est le syndrome du détail qui tue. Les sommets européens se concluent sur des avancées réelles, mais on s’aperçoit vite que la copie recèle du flou et ce qui est annoncé n’est pas appliqué. Et c’est reparti sur les marchés. Les détails techniques sur l’euro, comme les feux lumineux des taxis, ne sont pas le plus important, mais leur absence est ce qui est le plus visible.

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