On l’a appris hier : la CFDT est devenue le premier syndicat français. Et pourtant, Emmanuel Macron ne l'a même pas appelée pendant la crise des Gilets Jaunes....

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT © AFP / Ludovic MARIN

C’est une révolution puisque la CGT était numéro un depuis … 1895 - mon confrère du Monde corrige néanmoins ce point factuel !  

En 2017, le syndicat de Laurent Berger avait conquis la première place dans les entreprises. Après le scrutin dont on connaît le résultat depuis hier, il reste second dans la fonction publique (derrière la CGT). Mais l’écart s’est réduit entre les deux, ce qui fait qu’au total la CFDT est devant

C’est le résultat du réformisme assumé par la confédération depuis 1979, notamment sous l’impulsion (pour ne citer que les derniers dirigeants) de Nicole Notat, François Chérèque et Laurent Berger. 

Faire des compromis quand c’est possible en pesant sur les décisions politiques : la ligne appliquée par exemple sur la réforme des retraites de 2003 a suscité beaucoup de remous en internes. 

Compromis = compromission, entend-on depuis longtemps. Mais ce procès en « jaunisme » de la CFDT éternellement intenté par la CGT ou Sud n’a pas de sens quand on se souvient que la CFDT a soufflé l’idée des 35 heures à Lionel Jospin il y a vingt ans, 35 heures qui ont suscité la plus violente révolte des milieux économiques depuis longtemps. 

C’est la CFDT encore qui avait négocié la suppression de la dégressivité des allocations-chômage. 

A chaque fois, les effets économiques sont très discutés et discutables, mais il est indéniable que l’impact est réel sur la vie de millions de personnes. 

Face à la contestation dure de la CGT, la voie empruntée par la CFDT est plus payante si on en juge par l’échec au printemps de Philippe Martinez à la SNCF, un de ses bastions avec l’énergie. 

Il est du coup d’autant plus incroyable que l’on ait découvert lundi qu’Emmanuel Macron n’avait pas appelé ou vu Laurent Berger une seule fois pendant la crise des Gilets Jaunes. Laurent Berger a vu Edouard Philippe bien sûr, mais pas le président, ce qui est étrange.

Cette première place, est-ce un atout ? 

Oui, mais le problème est que c’est un atout dans le monde ancien. Dans le monde que nous découvrons effarés, celui où les Gilets Jaunes, un mouvement non organisé, sans porte-parole, obtient 11 milliards d'euros en quatre semaines, les syndicats ont de quoi se sentir mal. 

Toute parole intermédiaire est suspecte, et ils n’y échappent pas. 

Bref, le paysage social est un champ de ruines et le champagne sabré par une CFDT qui craint plus que tout que tout cela fasse à la fin le jeu de Marine Le Pen, ce champagne a un goût amer.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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