L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ____Le Premier ministre tchèque, Topolanek, mais aussi la chancelière allemande, Angela Merkel, sont à nouveau montés au créneau hier contre le plan automobile français. Autant le dire tout de suite : L’accusation de protectionnisme lancée par plusieurs pays et la Commission européenne ne peut pas être prise à la légère. Mais elle est surtout embarrassante sur le plan politique. Sur le plan économique, le plan prévoit que Renault et PSA Peugeot Citroën reçoivent chacun un prêt de 3 milliards d’euros en échange de la non-délocalisation de leurs usines. Comme personne ne va les contraindre à relocaliser en France leurs sites de République tchèque et de Slovaquie, des voitures fabriquées là-bas continueront d’être vendues ici. De même, s’agissant des aides d’Etat, parions que Paris ne restera pas seul à soutenir son secteur automobile. Donc, Paris a des cartes en main. Sur le plan politique en revanche, cette affaire est maladroite. Certaines formules de Nicolas Sarkozy, jeudi dernier, à la télévision, ont excédé Prague et Bratislava, qui les ont trouvées désobligeantes. Avec cette affaire, la France, brillante pendant sa présidence de l’Europe, en perdra le bénéfice si l’image protectionniste lui colle à la peau. Mais, au fond, est-ce un pêché mortel ?! C’est vrai que récession rime avec envie de protection. Mais cela pose deux problèmes. Le premier est que le protectionnisme, la protection contre les produits étrangers, ne marche pas. Elle cause plus de dégâts que les pannes qu’elle veut réparer. L’exemple le plus célèbre, c’est la loi Smoot-Hawley aux Etats-Unis de 1930, qui a augmenté d’un coup les droits de douane sur 20.000 produits importés, et a aggravé la dépression. Le second problème est tout aussi sérieux. La récession appelle la protection, le protectionnisme glisse vers le nationalisme. Il y a eu ce conflit en Grande-Bretagne, les ouvriers d’une raffinerie en grève pour écarter les salariés portugais. Et le rejet, hier, de l’offre de la BNP française par les actionnaires du belge Fortis, n’apparaît peut-être pas comme un choix en fonction de la nationalité des uns et des autres. Sauf qu’un des partis de la coalition à Bruxelles a accusé l’actionnariat étranger, chinois et hollandais, d’avoir fait capoter l’affaire. La crise exacerbe les tensions. Donc attention. Peu de pays prennent des mesures protectionnistes, mais c’est vrai qu’il y a des tentations en Inde, en Indonésie, en Russie, où les voitures importées sont surtaxées depuis un mois. Mais les grands pays, dans l’ensemble, résistent. Aux Etats-Unis, Barack Obama a renoncé à une clause imposant l’achat d’acier américain pour les grands travaux. A fortiori, c’est le rôle de l’Europe de préserver les règles de son marché intérieur, libre de Sofia à Brest et de Copenhague à Athènes. La Commission devrait être plus souple sur les aides des Etats aux entreprises, peut-être plus dure sur ce qui est produit à l’extérieur de l’Union, mais elle doit veiller à faire respecter le marché unique. Pas de barrière pour ce qui est fabriqué, même moins cher, en Bulgarie ou en Hongrie. Les salaires y montent d’ailleurs très vite. Il importe plus que tout d’éviter les crispations. Que risque l’Europe avec ce genre de polémique ? Sa cohésion. Avec la crise, il y aura des tensions industrielles, sociales. L’Europe a échoué à faire une relance concertée, ce qui aurait, par exemple, évité ces heurts sur l’automobile. Elle doit rester unie pour être forte, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté sur le sens de cette question et de sa réponse : l’Europe, combien de divisions ? Aucune.

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