Vous commentez la démission du pape Benoît XVI annoncée hier, sous un angle économique.

Il ne s’agit pas d’évoquer, par comparaison au monde politique ou des entreprises que l’on connaît, la capacité à renoncer au pouvoir, quand un dirigeant sent qu’il n’est plus à la hauteur. Ni, sous l’angle du management, de commenter le cas très particulier de cette succession par définition non préparée ! Il s’agit de mesurer le paradoxe d’un pontificat qui se sera déroulé au moment d’une crise économique sans précédent récent, d’une crise que l’Eglise avait annoncée, décrite par avance ; mais aussi d’une crise pendant laquelle elle n’a pas réussi à beaucoup faire entendre son discours économique, en tous cas largement. Elle n’a pas capitalisé sur son approche visionnaire, et on n’a retenu que son discours sur les questions morales.

Rome s’est exprimé largement sur l’économie.

Le premier, Jean-Paul II s’est penché très tôt sur l’économie, considérant que la présence planétaire de l’Eglise catholique lui donnait droit à la parole sur la mondialisation. Il avait créé une grosse polémique en renvoyant dos-à-dos l’ultralibéralisme et le communisme. Et l’Eglise, comme d’autres, mais souvent en avance, avait averti des risques de bulles spéculatives et des méfaits du surendettement.

Benoît XVI a lui-même publié un texte.

Une encyclique, c’est-à-dire un texte solennel, en juillet 2009. Vous savez, en matière économique, c’est le temps long : il y en avait eu une en 1891 (sur la révolution industrielle), en 1931 (après la crise de 1929), une en 1967 et une en 1991 après la chute du communisme. Cela fait 4 ! Celle de 2009 a été sévère sur la finance, la dérégulation des marchés, le sort fait aux pays pauvres, les délocalisations etc. L’analyse de Benoît XVI sonne juste même aux oreilles qui ne se sentent pas concernées : la société globalisée nous rapproche, mais elle ne nous rend pas solidaires. Il y a interdépendance de tout, sauf des consciences et de l’éthique. Lui que l’on dit conservateur a eu des mots très durs contre (je cite) la « classe cosmopolite des managers animée par le profit à court terme ». Du vrai Mélenchon !

Mais cette voix de Benoît XVI n’a pas eu un écho planétaire...

Cela aurait pu. Il y avait un côté révolutionnaire, presque marxiste, dans la critique d’un système, et pas seulement de comportements individuels. Mais Benoît XVI a rencontré trois difficultés. Un : l’absence de solutions concrètes qui parlent à tout le monde. L’éloge du don et de la gratuité, pas facile à illustrer et proposer au-delà du caritatif, où l’Eglise est très présente. Deux : le monde catholique, longtemps seul à avoir un regard mondial, est concurrencé par les ONG, les médias, Internet. Trois : Rome s’est heurté à l’absence, dans des pays comme la France, de relais, syndicalistes, patrons, intellectuels. La déchristianisation, en Occident au moins, fait que Rome est moins écouté et, chez les catholiques, c’est le spirituel qui importe désormais le plus. Au total, Benoît XVI a été présent sur l’économie, mais moins qu’il aurait pu l’être. Dans ce domaine aussi, tout va plus vite qu’il ne le pensait et il laissera des textes remarquables, mais méconnus.

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