Patrick Pouyanné, le patron du groupe Total, a dévoilé son taux d’imposition. C'est un mouvement qui doit être encouragé si les chefs d'entreprise veulent tordre le cou à l'idée selon laquelle ils échappent à (ou fuient devant) toute solidarité.

CEO of France's Groupe Total Patrick Pouyanne(L) speaks at the inauguration of the Total Kaombo oil project in Luanda on November 10, 2018
CEO of France's Groupe Total Patrick Pouyanne(L) speaks at the inauguration of the Total Kaombo oil project in Luanda on November 10, 2018 © AFP / Rodger BOSCH / AFP

Est-ce une bonne idée de rendre public le montant de ses impôts ? Oui, une bonne idée si cela peut tordre le cou à l’idée selon laquelle le petit monde des grands dirigeants échappe à l’impôt grâce à l’optimisation fiscale ou, pire, à l’évasion fiscale. 

Patrick Pouyanné, qui a perçu un salaire fixe et variable de 3,8 millions d’euros en 2018, sans compter le produit des actions exercées, a indiqué dimanche (à 18'40") un taux d’imposition de 43,4 % au titre de l’impôt sur le revenu - c'est le taux du prélèvement à la source qui lui est appliqué. Il devrait donc verser au minimum 1,6 million au fisc cette année, 2 millions d’euros avec la CSG. Millions auxquels s’ajoute la flat taxe, la taxe forfaitaire sur des dividendes dont on ne connaît pas le montant. 

Il y a quelques années, un autre grand patron s’était livré au même exercice : Stéphane Richard, chez Orange, avait dévoilé ses impôts, y compris son ISF. La semaine dernière, Laurent Burelle a lui aussi dévoilé ses impôts vendredi (avec un taux d'imposition de 43,5%), sur BFM Business, nous apprend l'Opinion. Il dirige Plastic Omnium, mais surtout la puissante Afep, Association française des entreprises privées, le super lobby des grandes entreprises. C'est un signal. 

Loin de moi l’idée de dire qu’il ne leur reste pas grand-chose ni de défendre leur niveau de rémunération qui apparaît invraisemblable aux yeux de l’immense majorité des Français. Après tout, c’est à ces grands patrons, aux sportifs, aux artistes, d’assumer. 

Mais la transparence a du bon et que si personne n’est obligé de s’y prêter (il s’agit de la vie personnelle), elle mettrait fin à des fantasmes. D'où une suggestion  : le gouvernement, la Cour des Comptes ou l'Insee devraient publier l'imposition, anonymisée bien sûr, des 100 ou 500 plus gros contribuables.  

Au-delà, le gouvernement réfléchit-il à alourdir l’impôt sur le revenu en haut ? 

Possible, peu probable. Des députés de l’aile gauche de la majorité ont parlé de créer une nouvelle tranche au-dessus de celle à 45 %, ou d’alourdir la surtaxe qui porte le total jusqu'à 49 %. Gérald Darmanin y a pensé en décembre, mais depuis il s’est replié sur les niches fiscales – piste fermée par l’Elysée ce week-end. 

La gauche française, elle, regarde ces jours-ci avec gourmandise l’idée d’une élue Démocrate américaine candidate aux Primaires, qui veut créer aux Etats-Unis un impôt sur la fortune ... Tout arrive ? Oui, sauf que le seuil de taxation serait de ... 50 millions de dollars, soit … 35 fois le seuil français pour l’ex-ISF devenu IFI.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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