Projets de Marché unique et de Monnaie unique : l'Afrique va à rebours de l'unilatéralisme économique ambiant. Cela n'intéresse pas assez.

33e Sommet des chefs d'État de l'Union africaine à Addis-Abeba (Éthiopie)
33e Sommet des chefs d'État de l'Union africaine à Addis-Abeba (Éthiopie) © AFP / Minasse Wondimu Hailu / ANADOLU AGENCY

Au moment du Brexit sur le continent européen, au moment de la sortie du multilatéralisme par les Etats-Unis, au moment où la Chine se coupe du monde pour cause de virus, l’Afrique, elle, avance dans le sens inverse. C’est un paradoxe qui mérite je crois d’être souligné.

Lundi à Addis-Abeba, les pays africains ont franchi une étape pour installer un marché commun, unique, sans barrière douanière sur 90% des produits entre la plupart d’entre eux. Ils ont concrètement désigné un secrétaire général pour leur Zone de libre-échange continentale, la Zleca

C’est un vieux projet mais qui cette fois a un vrai goût du neuf. Dans le même temps, une dizaine de pays de l’Ouest-africain travaillent à une monnaie unique, l’eco, qui remplacera entre autres le franc CFA. 

Cet eco devait entrer en vigueur en juillet, hier le Nigéria a demandé un report, mais clairement les initiatives se multiplient pour renforcer les liens au sein du continent

Où en est l’économie ? 

L’Afrique souffre à la fois d’une grande hétérogénéité (mais bon cela n'est spécifique : en Europe, le Danemark n’est pas la Roumanie), d’une démographie parfois encore galopante, de conflits armés et d’espoirs déçus. 

Une facilité conduirait à reproduire le mot du Général De Gaulle à propos du Brésil : pays d’avenir et qui va le rester. Mais en réalité, depuis vingt ans, le PIB africain affiche le deuxième taux de croissance du monde, 4,6% par an en moyenne. 

Deux fois moins que l’Asie (7,8%), mais bien plus que l’Amérique du Sud (2,8%). Six pays africains sont parmi les dix les plus en croissance au monde, comme l'a rappelé il y a quelques jours la Banque africaine du développement (BAD)

  • Rwanda, 
  • Éthiopie, 
  • Côte d’Ivoire, 
  • Ghana, 
  • Tanzanie 
  • Bénin. 

Bref, il y a des ambitions nouvelles, un dynamisme entrepreneurial et de l’épargne, comme l’a constaté une réunion organisée hier à Paris par l’OCDE et le Cercle des économistes (français). 

Mais on en parle peu… J’ai regardé hier : au  début des années 2000, le New York Times consacrait plus d’articles à l’Afrique dans son ensemble qu’à l’Asie ; en 2019, cela a été l’inverse – et on ne parle même pas de la Chine. La couverture de l'Afrique hors Maghreb par les médias français a nettement reculé, si l’on excepte l’AFP, Le Monde Afrique sur le site Internet du Monde et Le Monde diplomatique

Ce sont donc 1,2 milliard d’habitants qui passent pour l'essentiel sous le radar, et c’est à la fois incompréhensible et bien sûr regrettable.

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