L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». ____ Les Allemands vont décider aujourd'hui un nouveau plan de relance de leur économie. Angela Merkel a beaucoup hésité. Vous vous souvenez qu'elle a même traîné les pieds et que les Européens lui ont beaucoup reproché. Il y a deux mois, la chancelière avait présenté un plan de 32 milliards d'euros. Là, ce sont 50 milliards de plus qui sont mis sur la table. Qu'est-ce qui a changé entre les deux ? Angela Merkel a cru que l'Allemagne passerait entre les gouttes grâce à ses exportations vers les pays émergents, la Chine et le Brésil. Et puis, la semaine dernière, on a vu un effondrement de ces exportations de 10%, le plus important depuis 1990. C'est assez logique : notre voisin est fort dans les secteurs qui souffrent le plus, l'automobile, la métallurgie et la chimie. Tout ça a convaincu le gouvernement d'agir. Il y aura des investissements publics, des baisses d'impôt, et puis du totalement nouveau : peut-être 100 milliards de garantie des crédits des entreprises, et même des participations au capital des sociétés. L'Allemagne n'a pourtant pas le monopole des changements de pied , c'est ce qui est frappant. Tout le monde tâtonne. D'abord parce que la situation est franchement nouvelle et va vite. Pensez que lundi dernier, j'évoquais les deux millions d'emplois perdus aux Etats-Unis en 2008. Et bien en fait, c'est deux millions sur les quatre derniers mois. Les gouvernements n'ont pas de visibilité. Les modèles économiques, par ordinateur, ne fonctionnent plus parce qu'ils n'intègrent pas le problème de la distribution de crédits. Et puis le paysage bouge tout le temps. On a parlé des problèmes des banques, puis du crédit, puis des entreprises, et maintenant on se demande si les Etats pourront emprunter autant d'argent qu'ils le veulent. Chacun teste donc ses recettes. L'Allemagne ne voulait rien faire, elle va le faire. Obama, pendant sa campagne, voulait réserver les baisses d'impôt aux plus modestes, finalement, c'est mille dollars pour tout le monde. Il y a une semaine, il voulait créer 3 millions d'emplois, hier c'était 4. La Grande-Bretagne essaie la baisse de la TVA - ils sont les seuls. Ces tâtonnements, sont-ils inquiétants ou rassurants ? A première vue, ce n'est pas rassurant du tout. On se dit qu'il n'y a pas de pilote, même pas de cabine de pilotage. Alors, il faut nuancer. L'aspect politique des choses explique une partie des changements de direction. Angela Merkel est en campagne et en coalition et ses plans sont bipartites. Barack Obama a besoin du soutien de quelques Républicains et espère un consensus. Deuxième point, la capacité à être mobile, pragmatique, est plutôt une bonne chose quand on a peu d'avance sur les événements. Cela veut dire enfin qu'on a droit à l'erreur, qu'il y en a eu, et qu'il y en aura d'autres, même si l'opinion a du mal à l'admettre. Des tâtonnements, il y en aura d'autres. Et la France dans tout ça ? C'est le pays le plus orthodoxe, en donnant la priorité absolue à l'investissement. Cela n'est pas parce que Nicolas Sarkozy n'a pas besoin de négocier avec Martine Aubry et François Bayrou. C'est parce que la consommation tient. Une baisse de la TVA pour tous aiderait tous ceux qui sont allés skier ! La particularité française est qu'une part importante des ménages n'ont pas d'inquiétude sur leurs revenus, fonctionnaires, retraités, salariés des entreprises publiques. Cela dit, c'est la situation actuelle, personne ne peut dire : "Fontaine je ne boirai pas de ton eau". Et il y aura d'autres plans. On sait qu'il y en aura un autre le 20 janvier pour l'automobile. S'il y a une vertu nécessaire en ce moment, c'est bien la modestie.

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