**Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a lancé hier un avertissement aux banques. Cela s’est passé à Bâle, en Suisse, au cours d’une réunion des principales banques centrales du monde entier. Et Jean-Claude Trichet a mis en garde les banques privées des grands pays en leur demandant de renforcer leurs bilans, en clair de ne pas se disperser dans des activités trop risquées, de ne pas trop distribuer leurs bénéfices et d’être mesurées sur les rémunérations. Tout çà était dit en langage ultra codé, mais traduit, c’est cela. Pourquoi ce discours ? Parce que Jean-Claude Trichet et ses collègues constatent que les banques profitent à fond de taux d’intérêt qui sont extrêmement bas, qu’elles viennent du coup au guichet avec gourmandise, mais qu’il va bien falloir que ce guichet se referme. A l’heure actuelle, en Europe, les banques empruntent de l’argent à la BCE à 1%, elles le re-prêtent à 2, 3 ou 4%. L’objectif de cet argent quasi-gratuit mis à disposition des banques est évidemment de réamorcer la pompe de l’économie et le financement des entreprises. Et cet argent gratuit ne peut pas durer ?Tout le monde applaudit : les ménages et les entreprises qui empruntent pas cher, et les Etats qui ont des dettes colossales. Tant que la situation économique est fragile, et elle le reste, une politique monétaire accommodante est indispensable. Mais il y a un prix à payer : ce prix, c’est que le monde dégorge de liquidités, d’argent, qui va se placer quelque part. Et c’est là que les banquiers centraux disent aux banques : ne recommencez pas comme avant ! Ne vous lancez pas dans des opérations risquées, des activités spéculatives, ne constituez pas de nouvelles bulles. Si elles insistent autant, c’est que les banques sont prêtes à plonger à nouveau dans les délices du court terme –c’est là qu’elles gagnent le plus d’argent. D’où la menace de Jean-Claude Trichet : faites attention, le guichet va se refermer, par exemple les taux vont monter. La menace est-elle crédible ?Pas pour l’instant, c’est le problème. La reprise “ clapote ” à un niveau très bas, et tout resserrement du crédit serait dangereux. Et puis, les intérêts des Etats-Unis et de l’Europe ne sont pas forcément les mêmes. Aux Etats-Unis, le financement des entreprises se fait sur les marchés, à l’inverse de l’Europe où il passe par les banques. Barack Obama et la Réserve fédérale ne feront donc rien pour déprimer ces marchés. Ils ont objectivement intérêt à fermer les yeux sur la constitution de bulles. Et tant pis si les Banques centrales se retrouvent un jour accusées d’avoir créé la prochaine crise, comme la FED américaine a en partie déjà causé l’actuelle. Quelles bulles sont en train de se former ? Sur toutes les matières premières, dont les prix repartent à la hausse depuis la mi-2009. Selon l’économiste Patrick Artus, la spéculation explique 35% de la hausse du pétrole. Mais il y a aussi des bulles en Chine, peut-être sur les actions, et bien sûr avec un effet boule de neige sur les dettes publiques. Attention à ne pas construire en sifflotant le prochain mur sur lequel l’économie butera. C’est plus important que l’éventuelle taxation des banques dont a parlé pour la première fois la Maison-Blanche hier.**

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