De nouveaux éléments ont été publiés hier sur la durée du travail en France. Surprise : nous travaillons réellement beaucoup moins que les autres.

Vous avez raison de dire « surprise » parce que, si on connaît tous la durée légale du travail, 35 heures par semaine, les comparaisons internationales, jusqu’à maintenant , tendaient à montrer que, finalement, les Français travaillent autant que les autres, et même plus que les Allemands. De nouvelles données disent tout le contraire. Ici, je devine que des auditeurs sortent leur tartine de leur café au lait et lèvent les yeux au ciel : encore une obscure querelle de chiffres ; ils ont tort ! C’est l’institut COE-Rexecode qui a travaillé là-dessus. Il est certes proche des entreprises mais les données utilisées viennent d’Eurostat, l’organisme européen. A priori , c’est du solide. En gros, jusqu’à maintenant il y avait un biais dans les résultats publiés, qui tenaient mal compte des congés, des RTT, des arrêts maladie etc. Eurostat a tout remouliné.

Et qu’est-ce que cela donne précisément ?

Je ne vais pas vous noyer sous les chiffres. On peut retenir qu’en dix ans, c’est en France que la durée effective du travail a le plus baissé – avec les 35 heures. Là, pas de surprise. Mais c’est, surtout, en France que la durée de travail des salariés à temps plein est, après la Finlande, la plus faible des 27 pays européens : 1.679 heures par an, 224 de moins que les Allemands, 177 de moins que les Anglais, 134 de moins que les Italiens. En revanche, la France se situe dans la moyenne pour la durée du travail à temps partiel. En revanche enfin, et c’est intéressant aussi, c’est en France que la durée du travail des non-salariés (artisans, commerçants, professions libérales) est l’une des plus élevées. Ils travaillent 50% de plus que les salariés. Comme s’il y avait deux France !

Quelles conclusions en tirer ?

Tout cela valide l’image d’un pays qui, en tous cas pour les salariés à temps complet, a un confort de vie presque unique qui surprend nos voisins. Mais quand on voit l’évolution comparée du chômage et de la richesse en France et en Allemagne, on se dit que Berlin a mieux réussi sa décennie. La publication, hier, du bilan économique de l’Allemagne en 2011 – 3% de croissance, déficit public à 1% du PIB, chômage hyper-bas – impose à la France de la modestie. La réduction du temps de travail uniforme a alourdi le coût du travail, a désorganisé les administrations, sans faire disparaître, au bout du compte, le chômage. Bien sûr, à l’inverse, on peut dire que le temps partiel subi et mal payé s’est imposé de l’autre côté du Rhin. Mais on a du mal à prendre la France pour modèle.

Ces nouveaux éléments Rexecode-Eurostat seront-ils contestés ?

On verra ! On a passé du temps à chercher s’il y avait un loup et l’Insee regarde de près. Mais ces chiffres Eurostat semblent solides. Cela étant, qu’en 2012, après 50 ans d’Europe, on ne soit pas capable d’avoir des comparaisons internationales fiables à 100%, cela laisse tout simplement baba et coi !

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