Ce matin, après cinq jours d’horreur et d’émotion : une certitude, une question et un grand doute.

Vous allez voir, trois points de niveau et d’ordre différents. On le dit tout de suite, on ne parlera pas des éventuelles conséquences économiques de ces événements tragiques. Pour une raison simple : parce que nous n’en savons rien et, pour tout dire, parce que cela ne semble pas, dans l’immédiat, essentiel. La certitude que l’on peut évoquer, qui a un lien avec l’économie, c’est que l’on doit s’attendre à un renforcement des moyens des services de renseignement. Il est difficile de savoir quels sont ces moyens, mais un magistrat de la cour des comptes a essayé, il y a quelques mois, d’y voir plus clair. Le résultat, c’est que nos services comptent près de 12.000 hommes et femmes, avec un budget de l’ordre de 1,2 milliard d’euros. Quand on dit services, on pense aux directions de la sécurité extérieure (DGSE), du renseignement intérieur (DCRI), de la protection et de la sécurité de défense (DPSD), entre autres. Quand on regarde les choses, on voit que les moyens ont été renforcés ces dernières années et qu’il est prévu que cela continue. 12.000 personnes, plus d’un milliard d’euros de budget, est-ce peu, beaucoup, assez ? En tous cas, puisque le mot est sur toutes les lèvres, il y aura une union nationale pour que les moyens augmentent. Voilà une certitude.

Une certitude donc, et maintenant une question, sur l’Europe.

L’Europe, hier, a montré qu’elle n’a pas seulement une monnaie unique (l’euro), un marché unique (économique), qu’elle n’a pas seulement une mémoire commune -comme on l’avait vu pour l’anniversaire du débarquement du 6 juin. Mais qu’elle peut ressentir une émotion commune. On pense évidemment à la venue inédite d’une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement étrangers à Paris, ce G40. Mais après ? La peur ressentie tous ensemble, par tous les pays, du terrorisme peut-elle permettre d’accomplir des pas, des convergences, que les difficultés économiques ont tant de mal à faire faire ? Il y aura des renforcements de contrôle aux frontières extérieures de l’Union, il y a aura (peut-être) une révision des règles de Schengen, mais pour le reste, on ne sait pas. Le destin se forge-t-il dans les drames ? Oui, mais pas toujours. Voilà une question.

Et pour finir, vous avez un doute sur la pérennité de l’unité nationale.

Oui, ou plutôt, on peut avoir un doute sur l’idée que cette magnifique union, cette communion -à l’œuvre depuis trois jours- s’étende à d’autres domaines que l’émotion et le recueillement. Dans l’idéal, le sursaut d’orgueil manifesté hier permettrait de tourner le dos au défaitisme, au déclinisme, au cynisme général. On verra ce qu’il en est sur les questions de sécurité intérieure. En matière économique, on craint que les chamailleries et les polémiques reprennent, a la fois parce qu'elles recouvrent des divergences de fond et que c'est la vie politique ordinaire de nos démocraties. Sauf qu'elles nous paraîtront un peu plus ridicules. Peut-on se tromper et se dire : Circonstances extraordinaires, comportement extraordinaire ? Cela devrait. On aimerait. On verra.

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