L’édito éco de Dominique Seux, du journal les Echos.

Les marchés financiers ont enregistré hier une véritable déprime, en raison, une nouvelle fois, des inquiétudes sur les dettes européennes. Est-ce qu’on en sortira un jour ?

Déprime, déroute même ! La zone euro aujourd’hui ressemble à une copropriété d’immeuble qui se déchire pour savoir qui va payer la fuite d’eau qu’on a laissé couler trop longtemps, (fuite d’eau) dont l’origine n’est pas claire, avec une copropriété qui, en plus, n’a pas de syndic ! Parlons d’abord des symptômes. La journée d’hier a été la plus difficile depuis un an. Les Bourses ont dégringolé – d’environ 4% à Lisbonne et Milan, de près de 3% à Paris, d’un peu plus de 2% à Francfort. A Paris, la Société Générale, la BNP et le Crédit Agricole ont chuté de 6 à 8%. La raison immédiate de ce vent très très frais est la tension sur les taux d’intérêt. Les taux à dix ans sont montés au plus haut depuis la création de la zone euro en Espagne et en Italie.

Mais quelles sont les causes profondes de cette panique ?

On va tenter la crise pour les Nuls (et je mets dans cette catégorie). Il y a l’inquiétude sur la situation politique en Italie. Mais le fond de l’affaire reste le flottement terrible, lamentable, européen face aux pays qui ne rembourseront pas leurs dettes. La Grèce sûrement, l’Espagne peut-être voire l’Italie. Un engrenage est en route. Sur la Grèce, la polémique porte toujours sur la participation du secteur privé à un nouveau plan de sauvetage. La BCE dit : seuls les Etats doivent payer, sinon il y aura un effet domino et cela va mal se terminer ; les Allemands et les Néerlandais disent : les banques qui ont prêté à la Grèce ont leur part de responsabilité, elles doivent payer, tant pis on prend le risque de contagion ; et les Français proposaient un compromis.

Compromis qui a échoué ? Mais qui a raison ?

L’agence de notation Standard & Poor’s a taclé le compromis. Selon elle, une participation volontaire du privé à une nouvelle aide grecque ne trompe personne, çà va coûter cher aux banques. Sur le fond, la logique allemande a la morale pour elle ; il n’y a pas de raison de céder au chantage des marchés dont le raisonnement ultime voudrait que les contribuables allemands renflouent l’Europe entière. Mais en fait c’est plus compliqué. Certains établissements financiers européens n’ont pas digéré la crise de 2008 et une panique générale les mettrait à genoux. Faut-il prendre des risques énormes pour que les créanciers privés paient 30 milliards sur les 300 de la dette grecque ? La morale n’est pas le chemin le plus sûr.

Donc, comment en sortira-t-on ?

Impossible à dire tant on ballote depuis un an entre l’optimisme et le pessimisme. Cette nuit, après huit heures de réunion, les ministres des Finances se sont séparés, à Bruxelles, sans solution claire. Ils ont juste promis de renforcer le fonds de secours. Çà n’est absolument pas à la hauteur.

Trois choses sont désormais claires.

Un : il manque dramatiquement un vrai patron (un syndic ou un architecte) à l’Europe.

Deux : les Européens donnent l’impression de baisser les bras et de ne plus exclure totalement une sortie de la Grèce de l’euro.

Trois : si une solution est trouvée, les contribuables français, comme les autres, doivent s’attendre à ce que la Grèce lui coûte des vrais milliards d’euros, pas virtuels comme jusqu’à maintenant. Le plus probable est que cela se termine comme cela.

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