La ministre de la Santé Marisol Touraine a annoncé hier qu’elle allait s’attaquer aux dépassements d’honoraires des médecins.

Le gouvernement a décidé de prendre le taureau par les cornes ou plutôt le serpent de mer à bras le corps. Il entend en effet mettre un terme aux dépassements d’honoraires « abusifs » d’ici à fin 2012. Alors, bien sûr, ce n’est pas la première fois qu’un exécutif s’attaque à l’envolée des tarifs de consultation des médecins libéraux. D’autres avant lui s’y sont cassé les dents faute d’accord avec les praticiens. Pendant ce temps, ces sommes demandées au-delà du «tarif Sécu» par certains médecins ont augmenté de manière spectaculaire. A tel point que le phénomène prend une ampleur préoccupante. Il suffit de s’être rendu récemment chez un spécialiste pour en témoigner. Au cours, des vingt dernières années, les dépassements ont quasiment triplé, passant de 900 millions d’euros à 2,4 milliards. Au total, ils représentent aujourd’hui le quart des honoraires des spécialistes et beaucoup plus pour les chirurgiens ou les obstétriciens libéraux.De plus, facteur aggravant, ils ne répondent souvent à aucune logique, si ce n’est le pouvoir d’achat des patients potentiels.

Manifestement cette inflation galopante commence à poser un problème sérieux au système de santé.

Les dépassements pèsent de plus en plus sur les prestations des complémentaires santé qui les remboursent à hauteur du tiers. Si la dérive en cours se poursuit, cela pourrait donc conduire les mutuelles à relever une fois encore leurs tarifs.Ensuite, ces honoraires excessifs constituent dans certaines régions un obstacle parfois infranchissable dans l’accès aux soins. Car les plus importants d’entre eux se concentrent sur certaines régions. C’est tout particulièrement vrai à Paris, où près de la moitié des médecins demandent des honoraires jusqu’à cinq fois plus élevés que les tarifs de base de la Sécurité sociale.Du coup, des patients renoncent à certains soins, ou se reportent sur l’hôpital public. Ce qui coûte, à acte équivalent, plus cher encore à la Sécurité sociale. Enfin, cette surfacturation crée un corps médical à deux vitesses. Avec d’un côté, la majorité des praticiens et de l’autre certains spécialistes adeptes de dépassements débridés. En tête de ce palmarès, on trouve les chirurgiens et les gynécologues, on l’a dit, mais aussi les ophtalmologues, les ORL et les anesthésistes. En moyenne, les taux de dépassement de ces spécialistes s’échelonnent entre 59 et 76% du tarif sécu. Vous estimez que c’est pour le gouvernement l’occasion de modifier en profondeur les règles tarifaires des médecins ?

Il ne fait aucun doute que les vrais abus tarifaires doivent être punis dès lors qu’ils sont caractérisés. Mais sur ce sujet particulièrement délicat, il ne faut pas céder à la caricature.Il faut en effet tenir compte du fait que le tarif élevé de la consultation peut aussi être le reflet de réalités économiques et sociales, comme le coût exorbitant d’un cabinet installé au centre d’une grande ville ou l’excellence de la formation d’un bon spécialiste par exemple. Ce qui veut dire une chose très simple : le vrai prix de la médecine, ce n’est pas 23 euros, en tout cas pas partout et pas pour tous. Le gouvernement serait donc bien inspiré de saisir l’occasion des négociations qui vont s’ouvrir pour en finir avec le dogme périmé du tarif national unique. Pour explorer la voie d’une modulation des tarifs en fonction de la localisation du praticien concerné. On pourrait dès lors accepter le principe d’une majoration - dès lors qu’elle reste raisonnable évidemment - là où il est coûteux ou utile d’avoir des médecins. En clair, on pourrait utiliser le tarif comme outil d’aménagement du territoire médical. Et cela sans y consacrer plus de cet argent public qui se raréfie.

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