En déclarant que le relèvement de l'âge de la retraite de 62 à 65 ans n'est pas nécessaire, Marisol Touraine a relancé le débat.

Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la santé
Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la santé © Maxppp / Christophe Morin

Hier, nous avons assisté à la première bagarre gauche-droite de la future élection présidentielle, sur un sujet économique : les retraites.

La petite histoire retiendra que c'est le 11 juillet 2016, trois cents jours pile avant la présidentielle, qu’a eu lieu la première passe d’arme économique entre les deux camps, celui de François Hollande et celui des candidats du parti Les Républicains. Et le sujet, c'est l'avenir des retraites. Hier, le conseil d’orientation des retraites a transmis à Manuel Valls son avis annuel sur la situation des retraites et, bonne nouvelle, il a mis en avant le redressement des comptes. Dans la foulée, le Premier ministre s'est félicité que la France « ait su remettre son système de retraites sur les rails ». Et Marisol Touraine, la ministre des affaires sociales, en a illico tiré une conclusion, je la cite: la question de l’âge de la retraite n’a plus à être posée. Le message à l’opinion est limpide comme l'eau du robinet : n’écoutez pas la droite qui annonce dans ses programmes un relèvement de l’âge de départ de 62 ans à 64 ou 65 ans, ce n’est pas nécessaire. Voilà comment on lance un débat politique.

Mais la réalité est que les candidats de la droite vont devoir clarifier, chiffrer leurs scénarios sur les retraites. Dire pourquoi la situation exige, selon eux, de remonter l'âge de la retraite. Mais -malheureusement- cela ne sera trop difficile. Car, non, tout ne va pas bien. Le déficit des retraites de base du secteur privé et des divers dispositifs de solidarité tournera autour de 3,5 milliards d’euros cette année et il est attendu à encore 4 milliards en 2020. Des chiffres qui ne prennent pas en compte les subventions aux régimes spéciaux des entreprises publiques ni les retraites des fonctionnaires. Et pour au-delà de 2020, l’optimisme repose sur des hypothèses … optimistes, un taux de chômage un tiers plus inférieur. Donc, helas, des mesures devront être prises. D'ailleurs, le patronat et les syndicats le pensent aussi puisqu'ils ont signé il y a quelques mois un accord sur les retraites complémentaires qui porte plus ou moins l'âge de la retraite à 63 ans. Et ils ne sont pas masochistes !

Manuel Valls pousse le bouchon trop loin …. Car quand il dit que « la France » a redressé les comptes sociaux, il oublie juste une chose : la gauche s'est à quatre reprises opposé jusque dans la rue aux réformes décidées par Balladur (1993), Fillon (2004) et Sarkozy (2008 et 2010), en criant à l'abomination. Bien sûr, ni Jospin ni Hollande ne sont revenus en arrière sur l’essentiel. La gauche a fait des réformes sociales, mais elle est gonflée quand elle prétend avoir participé au sauvetage des retraites.

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