Vous avez réalisé une interview d’Edouard Philippe publiée dans Les Echos. Le Premier ministre veut «créer un effet de souffle fiscal pour l’emploi et la croissance».

Oui, et pour dire l’impression ressentie au sortir de cette interview, c’est la première fois depuis 1986 qu’un gouvernement assume aussi clairement un discours favorable aux entrepreneurs et à l’investissement à côté du début de la disparition de la taxe d’habitation qui, elle, va concerner la grande majorité des contribuables. Parce qu’il estime que la croissance est bridée, Edouard Philippe va supprimer dès l’an prochain plus de la moitié de l’impôt sur la fortune. La dernière réforme de l’imposition du capital date de trente ans, quand le tandem Chirac-Balladur avait enterré l’IGF, rétabli par François Mitterrand deux ans plus tard. Cette fois, l’objectif est différent : le capital immobilier restera taxé à l’ISF, Emmanuel Macron considère que c’est de la rente. Ce qui sera exonéré, c’est le capital financier, de l’assurance-vie à l’investissement dans les actions des entreprises, le capital qui est à risque. L’idée est d’inciter ceux qui ont du capital à prendre des risques, à ne pas tout placer dans l’immobilier. Mais il est probable que c’est l’autre réforme annoncée, la création d’un taux forfaitaire de taxation des revenus et des plus-values de l’épargne à 30 % (30 % ce n’est pas zéro), qui pourrait avoir le plus d’effet. A l’heure actuelle, ce sont les taux du barème de l’impôt sur le revenu plus des prélèvements sociaux qui s’appliquent, cela peut aller jusqu’à une taxation à plus de 70 %.

Le message aux milieux économiques est clair – dites-vous.

Absolument, et il faut -je crois- l’entendre sous deux angles. Le gouvernement leur dit : je vous ai entendu, je vous aide, c’est un choc de confiance, allez-y. Mais c’est aussi : eh bien on va voir. Cela fait des années que vous réclamez ce type de mesure, que vous vous dites asphyxiés, on va voir ce qu’on va voir. Il n’y aura plus d’excuse. Ce sera un test. Ou des fortunes installées à l’étranger reviendront et et il y aura du capital disponible pour des emplois, ou bien vous nous avez raconté des histoires. Les milieux économiques vont être au pied du mur.

Ce feuilleton a tout de même créé un mini-psychodrame politique.

Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont rappelé aux ministres de Bercy qu’ils sont les patrons, Macron en un, Philippe en deux. Gérald Darmanin, le ministre des comptes publics, a été rappelé à l’ordre parce qu’il a annoncé le retour du jour de carence des fonctionnaires au mauvais moment. Bruno Le Maire a été recadré au plus haut niveau parce que l’Elysée a trouvé qu’il jouait trop perso et cherchait à cour-circuiter le Premier ministre. On s’en moque, pensez-vous ? C’est vrai on s’en moque.

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