Penchons-nous sur les primes que toucheront les joueurs de l’équipe de France en cas de victoire.

Oui, chaque joueur est déjà assuré d’une prime comprise entre 200 000 et 300 000 euros parce qu’il est arrivé en finale, et qui dépassera les 300 000 euros si l’équipe remporte le trophée. C’est un intéressement au résultat, une prime de performance, dans les entreprises, on dit un "incentive".

Ils l’ont annoncé, ils reverseront la totalité ou partie de cette somme à des associations. Mais, bien sûr, pour la plupart, c’est de l’argent de poche, parce que les vedettes gagnent des sommes bien plus considérables payées par leurs clubs, 1,5 million d’euros par mois par Kylian Mbappé par exemple. 

Cet intéressement et ces montants sont-ils choquants ? 

Longtemps j’ai été (en fin de saison, on peut exceptionnellement passer au "je"), j'ai été étonné de voir que les rémunérations de certains acteurs économiques, qui créent de l’activité et des emplois, choquent davantage que celle des sportifs – dont l’empreinte est, comment dire, plus fugace. J’ai changé d’avis. Le marché des rémunérations des footballeurs fonctionne probablement mieux que celui des dirigeants d’entreprise – chacun sait que dans les deux cas, les sommes ont flambé de façon inouïe ces dernières années. 

Sur le marché des joueurs, la concurrence est plus réelle, elle est plus internationale, les résultats individuels sont plus immédiatement visibles. De toute évidence, la présence d’un Neymar, d’un Cavani, d’un Mbappé change la donne, et leur effet d’attraction fait flamber les droits de retransmission télévisée. Bref, ils rapportent beaucoup.

Du côté économique, un Carlos Ghosn n’a pas de prix parce qu’il a porté son groupe automobile tout en haut, tout comme des entrepreneurs qui créent des champions à partir de rien. Mais peut-on en dire autant de tous les grands patrons salariés dont les revenus sont proches les uns des autres dans un pays comme la France ? Non. 

Et dans le football, il y a ce qui ne se compte pas…

Il suffit d’écouter, d’entendre, de regarder ce qui se vit depuis deux jours dans le pays, et qui rappelle 1998, pour comprendre que ces joueurs créent un plaisir collectif, une fierté, un nationalisme, qui transcendent toutes les classes sociales, les milieux. Cela n’a pas de valeur économique et tout calcul sur le surplus de croissance est vain, mais cela n’a pas de prix non plus. 

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