Vous revenez sur la grève des contrôleurs aériens, qui appartiennent, selon vous, à la catégorie des « nouveaux intouchables ».

Dans cette affaire, ce qui est impressionnant est la vitesse supersonique à laquelle le gouvernement a répondu à leurs attentes, moins de 24 heures, en prenant ses distances dès hier matin avec le projet européen de réforme du ciel. Un projet qui n’a été formellement présenté qu’hier après-midi ! Cela rappelle la célérité avec laquelle le gouvernement Fillon avait plié bagage sur la réforme des taxis en 2009 dès qu’ils avaient menacé de bloquer Paris. Oui, les contrôleurs, comme les taxis, appartiennent à une catégorie connue en France, celle des intouchables. Quand un ministre voit sur son bureau leur dossier, il rajoute au stabilo rouge et en gras : attention danger !

Et qui d’autres, chez ces "intouchables" ?

Catégorie dont la composition a évolué et dont le point commun n’est pas seulement la capacité de paralyser le pays. On peut être intouchable pour beaucoup de raisons. Il y a les transporteurs routiers bien sûr, les conducteurs de train, mais aussi les notaires, qui ont échappé à toutes réformes depuis un demi-siècle parce qu’ils sont remarquablement organisés. Il y a eu les dockers, c’est un peu moins vrai aujourd’hui, il y a eu La Poste, c’est un peu moins vrai à cause des e-mails. EDF reste intouchable, les patrons successifs ont toujours été généreux avec leurs troupes pour éviter la grogne. Dans le secteur privé, citons les traders, ces opérateurs sur les marchés, longtemps les « rois du pétrole » à qui rien n’était refusé, mais qui sont davantage sous contrôle.

Et vous avez une mention spéciale pour… ?

…pour les fonctionnaires européens. Ce n’est pas faire du populisme de bas étage que constater qu’ils sont prompts à réclamer - à juste titre d’ailleurs - des réformes aux Vingt-Sept, mais qu’ils sont sourcilleux, pointilleux et vigilants sur leurs propres conditions de vie, salaires ou systèmes de retraite par exemple. Cela n’empêche pas d’avoir le plus grand respect pour ce qu’ils incarnent, l’Europe communautaire.

Les contrôleurs aériens, pour revenir à eux, sont tout en haut dans votre catégorie des intouchables.

Parce que la mondialisation, le développement fulgurant du transport aérien, les a mis au centre. On ne va pas se prononcer ici sur le détail de la réforme prévue par le commissaire européen Siim Kallas, que Paris a torpillée hier avec l’appui de Berlin qui ne veut pas d’ennui avant ses élections. On ne va pas revenir non plus sur les conditions de travail et de vie avantageuses des contrôleurs. C’est archi-connu. Constatons juste qu’il existe en Europe 27 systèmes nationaux de contrôle aérien, avec 60 centres de contrôle contre une vingtaine aux Etats-Unis. Faute de coordination, les avions volent du coup en moyenne 42 kms de plus que nécessaire à chaque trajet direct qui implique deux pays. Ce n’est pas si négligeable que cela.

Votre conclusion ?

Le ciel unique n’est pas pour demain, Paris ne bouscule pas ses Intouchables et on verra ce qu’il en sera sur les roulants de la SNCF en grève à partir de ce soir.

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