Le conseil des ministres a adopté hier le premier volet du Pacte de responsabilité qui baisse les impôts des entreprises et de certains ménages.

Oui, et on peut dire que ce Pacte illustre, accentue et achève le tournant de la politique économique de François Hollande. J’ai regardé hier le dossier de presse des deux collectifs budgétaires, celui de l’été 2012 et celui de cet été 2014. C’est le jour et la nuit. Le texte de 2012 prévoyait vingt hausses d’impôt pour les entreprises, les ménages très aisés et les ouvriers ou employés, avec la refiscalisation des heures supplémentaires. Celui d’hier prévoit cinq allégements pour les entreprises et les ménages modestes. La justice était le maître mot en 2012, c’est désormais la compétitivité des entreprises. Le jour et la nuit, est-ce le passage de l’ombre à la lumière ? C’est toute la question !

Justement, ce Pacte désormais concret, va-t-il convaincre les entreprises ?

Sur le papier, François Hollande et Manuel Valls ont tout bon ; les entreprises applaudissent la nouvelle orientation après deux d’années d’échec. Maintenant, elles restent méfiantes. Pourquoi ? L’allègement du coût du travail, on en parle depuis vingt mois exactement et certaines entreprises – j’en ai vu une hier - n’ont rien vu venir pour l’instant. Ils se souviennent aussi qu’avant les 30 milliards d’euros de soutien dont on parle, il y a eu 30 milliards de hausse de prélèvements depuis 2010. Mais c’est vrai que le zéro charges sociales au niveau du Smic marque les esprits parce que c’est ultra concret.

Et les ménages, vont-ils être convaincus ?

Alors, là, la réponse est claire. Cela dépend lesquels ! Ceux qui sont dans la cible de la baisse de l’impôt sur le revenu applicable en septembre applaudissent. L’effet est d’abord politique et psychologique mais ce geste sur le pouvoir d’achat peut soutenir la demande. En revanche, les 16 millions de ménages qui ont fait leurs calculs depuis un mois et qui ont vu leur impôt augmenter de 1 à 25% - les couples de cadres aisés par exemple – ont compris que pendant la baisse pour les autres, leur hausse à eux continue. Et va se maintenir jusqu’en 2017.

Est-ce que le Pacte va soutenir l’économie – c’est quand même l’essentiel, non ?

Ce qui est sûr est que l’économie en a bien besoin. Le haut conseil des finances publiques, présidé par Didier Migaud, il l’a dit hier, ne croit plus à une croissance de 1% cette année - hélas. Mais la vraie réponse, c’est le dossier de presse du gouvernement qui la donne : si la première mesure de compétitivité, le CICE, fait sentir ses effets maintenant, les suivantes entreront en vigueur à partir de 2015 seulement.

Au total, il y a donc du changement dans la politique économique ; sur tous les sujets ?

Non ! Ce qui ne change pas, c’est notre indifférence à l’existence d’un déficit élevé : 84 milliards d’euros pour cette année, soit 28% de ses recettes. Je demande à tous les auditeurs qui travaillent en entreprise d’imaginer ce qui se passerait si elle affichait une perte égale à 28% de leur chiffre d’affaires ! Coup de chance, l’Etat n’est pas une entreprise !

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