Comme les soignants et la grande distribution ont été en première ligne pendant la crise sanitaire, les indépendants sont les plus à risque et sans filet pendant la crise économique. Excusez du peu : ils sont 3 millions.

On l’a appris hier, un demi-million d’emplois ont été détruits au premier trimestre. Tous les médias ont (logiquement) commenté ce chiffre terrifiant, terrifiant surtout si on se dit que ce bilan concerne la période de janvier à mars, et que la suite, en avril-mai-juin, va être du même acabit. 

En réalité pourtant, ce bilan est même incomplet, car le chiffre de l’Insee concerne les seuls emplois salariés. 500.000 emplois salariés ont donc disparu fin mars, essentiellement des intérimaires, avec le début du confinement. 

Mais combien de non-salariés ont disparu et surtout vont disparaître ? C’est un trou noir, et on ne le saura pas avant longtemps. 

Les non-salariés, ce sont près de trois millions d’indépendants, à comparer aux 25 millions de salariés du privé ou du public. Ce sont des artisans-commerçants, des professions libérales, des auto-entrepreneurs, des coiffeurs, des kinés, des comptables, des chauffeurs Uber, des startuppers, des free-lances comme on dit. Bref, ce sont les non-salariés -et pas seulement ceux des cafés-restaurants dont on parle surtout. 

C'est simple : s’ils n’ont pas de chiffre d’affaires, ils n’ont rien – sauf des charges à payer. Pour eux, pas de chômage partiel, pas d’indemnités-chômage. Ils ont puisé dans leur épargne et sont allés voir leur banque. 

Le gouvernement a créé un fonds de solidarité qui a bénéficié à 1,5 million d’entre eux et ils ont reçu 4 milliards d’euros. Ce n’est pas rien, mais pour chacun (faites le calcul) cela fait 2.700 euros, sur plusieurs mois et parfois à partager dans un couple si le commerce, par exemple, se fait à deux. Pour la plupart des indépendants, l’aide d’Etat s’est arrêtée fin mai, mais une ordonnance (publiée ce jeudi) l’a prolongée jusqu’en décembre dans les secteurs très touchés (tourisme, hôtels, restaurants) et l’a portée (jusqu'à) à 10.000 euros. 

Il y a donc deux France…

Et même bien davantage. Cette crise n’est évidemment pas vécue partout de la même manière, ni perçue avec la même gravité :

1- Il y a ceux dont les revenus ne bougent pas ou qui ne sont pas menacés dans leur emploi (et personne ne le leur reproche) : les retraités, les fonctionnaires et les entreprises publiques ; 

2 - Il y a ceux dont les revenus sont garantis tant que leur emploi est assuré : les salariés du privé et ceux qui ont bénéficié et bénéficient du chômage partiel ;

3 - Il y a ceux dont l’emploi est menacé, dont l’indemnité-chômage va s’éteindre ou cherchent un emploi - et on pense à tous les jeunes

4 - Et il y a donc ceux qui sont « à leur compte » et qui cochent ou pas les commandes, qui voient ou pas les clients qui poussent la porte de leur commerce et qui les appellent ou pas.  C'est leur dynamisme qui compte. En mai, nous indique l'Insee ce martin, les créations d'entreprise ont rebondi, mais encore loin du niveau d'avant-crise (ce qui est normal puisque le déconfinement a eu lieu le 11 mai).

Non, chacun de nous ne regarde pas l’avenir avec la même sérénité ou angoisse. Ne l’oublions pas !

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