L'édito éco de Dominique Seux, des "Echos". ____ L’Insee l’a annoncé hier : la production manufacturière française a reculé de plus de 8% au premier trimestre. C’est une information qui pourrait faire croire que l’éclaircie dont il est beaucoup question en ce moment, n’est qu’un mirage. Ce que produisent les usines installées en France a effectivement reculé d’un peu plus de 8% entre janvier et mars par rapport au quatrième trimestre 2008. C’est un record. Mais un autre chiffre est encore plus stupéfiant : en un an, la production manufacturière a plongé de près de 18%. On voit donc que les entreprises ne racontent pas d’histoires quand elles disent que ça va mal. Le chômage technique, les plans sociaux, les fermetures d’usines, qui font la Une depuis des mois, trouvent ici, dans ces froides statistiques, leur explication. Des statistiques qui pèseront sur l’évolution de la croissance au premier trimestre, qui sera connue vendredi. Ces derniers temps, on pensait voir des signes positifs pour l’économie. Est-ce que ce mauvais chiffre les enterre ? Pas forcément mais il les relativise. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a de la confusion, du cafouillage sur la situation économique et que c’est normal. Depuis un mois, le climat général, à la bourse, dans les médias, a changé - tout le monde traquant les petits coins de ciel bleu. Que sait-on ? D’un côté, nous avons des indicateurs médiocres, la production industrielle, donc, l’estimation de la croissance ou les résultats des entreprises. Mais ils ont tous un point commun : ils portent sur le premier trimestre qui, à la mi-mai, est en fait déjà loin. Ils nous font donc regarder dans le rétroviseur. Voilà pour les indicateurs. De l’autre côté, nous avons des indications, des impressions, qui sont assez contradictoires. Les banques centrales ont annoncé que ça y est, le point d’inflexion est arrivé et le « Financial Times », le quotidien mondial des affaires, en fait sa Une ce matin, mais une entreprise comme Saint-Gobain explique que l’activité descend encore, tandis que l’automobile respire un peu grâce à la prime à la casse. Et le gouvernement dans tout ça ? Pour dire les choses simplement, je crois qu’il a accru le flou pendant un certain temps, en conservant longtemps des prévisions de croissance peu crédibles. Mais je crois qu’il fait plus attention. Les déclarations, hier, de François Fillon ou de Christine Lagarde dans « Le Monde » sont assez prudentes - ils parlent de reprise par paliers ou par étapes. C’est vrai que la tentation peut-être forte de profiter de la zone grise actuelle pour essayer d’en faire trop. Mais attention, dans tout cela, il y a un fait têtu : l’économie mondiale est peut-être à un point de bascule, je l’espère, mais comme la production industrielle a baissé de 18%, il faudra énormément de temps pour remonter. Quelle est la bonne attitude ? La reprise va finir par arriver mais il n’y aura aucune raison de fanfaronner sur les performances de la France par rapport à celles des autres tant que le chômage continuera d’augmenter fortement. On fera des comparaisons après. En attendant, un peu de modestie est la bienvenue !

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